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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 16:19

J'inaugure ici une série d'articles sur le pacte Molotov-Ribbentrop, signé il y a 70 ans.

Le 23 août 1939, l’URSS et l’Allemagne signent un pacte de non-agression, assorti d’un protocole secret par lequel les deux signataires se répartissent les pays baltes et la Pologne en zones d’influencelink. Cette répartition sera modifiée par un additif secret signé le 28 septembre 1939.

 

La signature de ce pacte de non-agression est une surprise pour tous. Pour le Parti communiste soviétique, dont le Bureau Politique n’a pas discuté de son contenu final. Pour le mouvement communiste international et la IIIe Internationale, pour qui le Pacte renverse complètement la ligne politique de front antifasciste adoptée à son VIIe congrès, en 1935, et jette les PC nationaux dans une grave crise (le PC français sera interdit). Pour l’opinion publique occidentale, qui s’attendait à la signature d'un pacte tripartite URSS-France-Angleterre.

 

Le pacte du 23 août 1939, et surtout son protocole secret, sont revenus sur le devant de la scène politique et historiographique lors de l’explosion de l’URSS. Il a été érigé comme symbole de la collusion des « totalitarismes », la preuve que nazisme et communisme ne sont guère si différents. Le pacte entre l’URSS et l’Allemagne nazie s’est parfaitement bien fondu dans la vision néolibérale de l’histoire, qui fait de la lutte entre « totalitarisme » et « démocratie » le moteur principal de l’évolution historique.  

La commémoration des 50 ans du pacte dans les républiques baltes de l’URSS le 23 août 1989 fut une étape majeure sur la route des indépendances. 1 million d’Estoniens, de Lettons et de Lituaniens ont formé une chaîne humaine de 600 km de long ("la voie balte").

Le succès de cette manifestation fut permise, entre autres, par la constitution d’une commission d’enquête sur le pacte à l'initiative du Congrès des députés du Peuple d’URSS. Cela aboutit le 24 décembre 1989 à la condamnation du pacte par le Congrès.

Retour aux sources du nazisme : Mein Kampf

On a écrit que ce pacte était inéluctable, car les deux régimes, totalitaires, sont appelés à s’entendre pour se partager l’Europe orientale.

Je commencerai par rappeler ce qu’Hitler écrit dans « Mein Kampf ». L’édition utilisée est celle mise en ligne par la Bibliothèque électronique du Québec, collection « polémique et propagande », qui reprend le texte de la première traduction en français, par J. Gaudefroy-Demombynes et A. Calmettes, parue aux Nouvelles éditions latines, non datéelink.

Sur le marxisme

« en présence de la subordination complète de l’état actuel au marxisme, le mouvement national-socialiste a d’autant plus le devoir, non seulement de préparer par les armes de l’esprit le triomphe de son idée, mais aussi d’organiser, sous sa propre responsabilité, la défense contre la terreur de l’Internationale, ivre de sa victoire » (t. II, p. 283-284).

S’ensuit des pages et des pages à la gloire des SA, qui sont sans doute « les armes de l’esprit » évoquées dans le passage cité…

Sur la Russie : appel à l'extermination et à la colonisation

« L’organisation de l’état russe ne fut point le résultat des aptitudes politiques du slavisme en Russie, mais bien plutôt un exemple remarquable de l’action, créatrice d’états, de l’élément germanique au milieu d’une race de moindre valeur ». (t. II, p. 495).

 

Ici, il pousse à l’extrême la thèse normaniste de la création de la Rus’ de Kiev. On s’étonne ensuite que celle-ci fut très mal vue en URSS...


« Ainsi, depuis des siècles, la Russie vivait aux dépens du noyau germanique de ses couches supérieures dirigeantes qu’on peut considérer actuellement comme extirpé et anéanti. Le Juif a pris sa place. Et tout comme le Russe est incapable de secouer le joug des Juifs par ses propres moyens, de même le Juif ne saurait, à la longue, maintenir le puissant État. Lui-même n’est pas un élément organisateur, il n’est qu’un ferment de décomposition. L’État gigantesque de l’Est est mûr pour l’effondrement. Et la fin de la domination juive en Russie sera aussi la fin de la Russie en tant qu’État. Nous avons été élus par le destin pour assister à une catastrophe, qui sera la preuve la plus solide de la justesse des théories racistes au sujet des races humaines. Et notre tâche, la mission du mouvement national-socialiste, consiste à amener notre propre peuple à ces conceptions politiques, qui lui feront voir son avenir non dans les enivrantes impressions d’une nouvelle campagne d’Alexandre, mais dans le travail laborieux de la charrue allemande à laquelle le glaive n’a qu’à donner la terre » (ibid. p. 496).

C’est donc un appel à l’élimination des peuples slaves et juifs, et à la colonisation de la Russie.

Sur une alliance entre l'Allemagne et la Russie

«  La Russie actuelle, dépouillée de sa classe dirigeante germanique – indépendamment des intentions secrètes de ses nouveaux maîtres – ne peut être un allié dans la lutte pour la libération de la nation allemande. Au point de vue purement militaire, les conditions seraient directement catastrophiques au cas d’une guerre Allemagne-Russie contre l’Europe occidentale et probablement contre tout le reste du monde. La lutte se déroulerait non pas sur le territoire russe, mais sur le territoire allemand, sans que l’Allemagne puisse recevoir de la Russie un secours tant soit peu efficace » (ibid. p. 503).

 

« Une alliance dont les buts n’englobent pas aussi la perspective d’une guerre, est dénuée de sens et de valeur. On ne s’allie qu’en vue d’un combat. Et même si le règlement de comptes se trouve encore dans le lointain au moment où l’on conclut l’alliance, l’on n’en agit pas moins au fond prévoyant que l’on sera entraîné à une guerre. » (ibid. p. 505).

 

« On ne traite surtout pas avec des individus pour qui aucun accord ne serait sacré, car, dans ce monde, ils sont non pas les représentants de l’honneur et de la vérité, mais bien ceux du mensonge, de la duperie, du vol, du brigandage, du pillage ». (ibid. p. 507)

 

Contre la Russie, les Juifs, les communistes : les ennemis du nazisme sont clairement désignés

« Le danger auquel la Russie a succombé menacera toujours l’Allemagne. Seul, un bourgeois naïf peut s’imaginer que le bolchevisme est conjuré » (ibid.).

 

« Nous devons voir dans le bolchevisme russe la tentative des Juifs au vingtième siècle, pour conquérir la domination mondiale […]. Le Juif non plus n’interrompt pas sa marche vers la dictature mondiale par un renoncement volontaire ou bien en refoulant en lui-même son éternelle aspiration. Lui aussi ne saurait être forcé à rebrousser chemin que par des forces extérieures à lui-même, car son instinct de domination mondiale ne s’éteindra qu’avec lui » (ibid., p. 508).

 

« La lutte contre la bolchevisation mondiale juive exige une attitude nette vis-à-vis de la Russie soviétique. On ne peut pas chasser le diable par Belzébuth » (ibid. p. 509).

 

Avant d’évoquer plus précisément le Pacte et les circonstances de sa signature, il faut se rappeler quel est le seul but réel des nazis vis-à-vis des Juifs, des communistes, des peuples slaves : l’extermination, le crime de masse.


Mein Kampf est un livre sous droits jusqu'en 2015. Les droits d'auteur sont versés au land de Bavière.

Reprise partielle de l’"Avertissement au lecteur" de l’édition citée, dont la publication a été ordonnée par arrêt de la cour d’appel de Paris du 11 juillet 1979.

"« Mein Kampf », qui constitue assurément un document indispensable pour la connaissance de l’histoire contemporaine, est aussi une oeuvre de polémique et de propagande dont l’esprit de violence n’est pas étranger à l’époque actuelle et qui par là-même peut encore, malgré l’inanité de ses théories, contribuer à une renaissance de la haine raciale ou à l’exaspération de la xénophobie.

À ce titre, « Mein Kampf » n’a pas cessé de tomber sous le coup de la loi du 29 juillet 1881 modifiée par la loi du 3 juillet 1972 qui dispose :

Article 23. – « Seront punis comme complice d’une action qualifiée crime ou délit ceux qui, soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics soit par des écrits, des imprimés vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publics, soit par des placards ou affiches, exposés au regard du public, auront directement provoqué l’auteur ou les auteurs à commettre ladite action, si la provocation a été suivie d’effet...

Cette disposition sera également applicable lorsque la provocation n’aura été suivie que d’une tentative de crime prévue par l’article 2 du Code pénal. »

Article 24, alinéa 5. – « Ceux qui, par l’un des moyens énoncés à l’article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 2000 à 300 000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement. »

Article 32, alinéa 2. – « La diffamation commise par les mêmes moyens envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée sera

punie d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 300 francs à 300 000 francs, ou de l’une de ces deux peines seulement. »

Article 33, alinéa 3. – « Le maximum de la peine d’emprisonnement sera de six mois et celui de l’amende de 150 000 francs si l’injure a été commise dans les conditions prévues à l’alinéa précédent, envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. »

[...]

Le lecteur de « Mein Kampf » doit donc se souvenir des crimes contre l’humanité qui ont été commis en application de cet ouvrage, et réaliser que les manifestations actuelles de haine raciale participent de son esprit".


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Published by iskra - dans URSS 1939-1941
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