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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 21:24

La guerre de 1805

 

Les guerres de 1805-1807 furent un désastre pour la Russie. Dans l'historiographie, ce sont les guerres de la Troisième et Quatrième coalition mais il faut considérer la période comme un tout.

Les coalisés manquent de coordination. Les Autrichiens entrent en campagne sans attendre l'armée russe commandée par Koutouzov. Le général autrichien Karl Mack est contraint de capituler, encerclé à Ulm en octobre 1805. Koutouzov, sachant ses chances de victoire dans une bataille rangée contre Napoléon maigres, bat en retraite en Moravie. Les arrière gardes russes tiennent à distance les armées françaises et leur livre des combats destinés à retarder l'avance de Napoléon. La plus célèbre de ces batailles pour les Russes est celle de Schöngraben le 16 novembre 1805, grâce à laquelle les 7000 hommes du prince Piotr Bagration empêchent les 20 000 hommes de Murat de fondre sur les armées russes. Début décembre 1805, Napoléon semble sur le point de devoir reculer : ses lignes de communication sont trop tendues, il ne peut remporter de victoire décisive contre l'armée russe et la Prusse est en train de rejoindre la coalition. L'arrivée d'Alexandre sur le terrain change tout. L'empereur, qui écarte Koutouzov du commandement suprême, veut livrer bataille frontalement. Le clan pro-anglais de la cour le soutient. Et c'est Austerlitz, le 2 décembre 1805. Alexandre Ier porte dans la défaite une part importante de responsabilité. Les Autrichiens signent la paix (traité de Presbourg). Les Russes se replient sur leur territoire, sans se rendre. 

 

La guerre de 1806-1807 

Koutouzov est exilé au poste de gouverneur militaire de Kiev. La Prusse, qui tergiverse entre la France et la Russie, finit par se lancer seule contre Napoléon. En deux batailles livrées le même jour, à Iena et à Auerstadt, le 14 octobre 1806, l'armée prussienne est détruite. Les Français entrent dans Berlin le lendemain. Le 26 octobre, Alexandre annonce la reprise de la guerre contre la France, dont les armées se rapprochent désormais de ses frontières. En Russie, le sentiment anti-Napoléon et anti-français se renforce. L'Église orthodoxe excommunie l'empereur des Français. Les libelles et pamphlets anti-français se répandent.

Pendant six mois, l'armée russe combat Napoléon en Prusse orientale et en Pologne. Elle est commandée par Lewin von Bennigsen. Les Russes, qui combattent seuls les Français et leurs alliés, n'entendent pas rendre cette campagne décisive. Les ressources de l'empire ne sont pas mobilisées au maximum. Malgré cela, la très sanglante et indécise bataille d'Eylau (26-27 janvier 1807), inflige de lourdes pertes à l'armée française.

Mais la campagne est aussi très dure pour les Russes, qui ne se sont pas préparés à une campagne d'hiver. Ils sont confrontés à de très lourds problèmes d'intendance et à des désertions en nombre. Les arrières des Russes, la Biélorussie et la Lituanie, sont des régions trop pauvres pour entretenir une telle armée en campagne.

C'est l'occasion de dire deux mots de l'armée russe. Contrairement à l'armée de Napoléon, qui est un armée de conscription, l'armée russe forme un corps autonome dans la société. Les soldats y servent 25 ans et, dans la majorité des cas, ils ne retournent pas dans leur famille durant leur service. Les communautés villageoises, qui ont souvent profité du recrutement pour se débarrasser de membres indésirables, les voient rentrer sans enthousiasme. En outre, les soldats restent en règle générale attachés au même régiment, qui possède sa propre coopérative (« artel ») pour améliorer l'ordinaire militaire. Tout ces facteurs font que le régiment vit presque en autarcie et forme une micro société intégrée. Ajoutons que l'armée russe est plus homogène que l'armée française. A l'époque, il y a moins de différence entre un Russe et un Ukrainien qu'entre un soldats des départements français de Belgique et un Toulousain.

Les faiblesses de l'armée russe sont cependant importantes. Elle souffre d'un déficit de formation et d'expérience, à la différence de l'armée française en campagne presque continue depuis 1792. En outre, il n'existe pas d'unités permanentes supérieures au régiment. Les divisions constituées en 1806 n'ont pas l'expérience ni l'efficacité des divisions pérennes françaises. Mais les faiblesses principales de l'armée se situent au niveau du haut commandement. On peine à trouver un commandant incontesté, alors que les Français disposent d'un empereur qui est aussi un génie militaire. Après le désastre de 1805, Alexandre Ier, qui est conscient de ses limites dans ce domaine, s'abstient de prendre part au commandement de l'armée. L'état major russe est déchiré par les querelles intestines.

Toujours est-il que Napoléon remporte une claire victoire à Friedland, le 2 juin 1807. L'armée russe est contrainte de se replier derrière la frontière de l'empire. Cependant, Friedland n'est pas une déroute comme Austerlitz, Iena ou Auerstadt. La majeure partie de l'armée traverse le fleuve frontière, le Niemen, en ordre. Deux nouvelles divisions viennent d'être formées et 200 000 miliciens sont prêts à rejoindre l'armée. De plus, Napoléon n'a pas encore posé le pied sur le sol russe. Sur le plan strictement militaire, la Russie a les moyens de poursuivre la guerre. Cependant, le Trésor, les arsenaux et les réserves militaires sont vides. En outre, Alexandre Ier n'est pas sûr de la réaction des propriétaires terriens polonais à l'approche de la Grande Armée...Et la société pétersbourgeoise veut éviter que la guerre soit menée sur le sol russe.

 

 

Battle_of_friedland.jpg

Tilsit

L'empereur juge donc plus sage d'ouvrir des négociations et envoie comme négociateurs Alexandre Kourakine, le diplomate de rang le plus élevé, et Dmitri Lobanov-Rostovski, plus militaire que dilomate, qui s'est acquis une réputation de bravoure durant les guerres russo-ottomanes. Ils font tous deux partie de la « vieille garde », vétérans du règne de Catherine II. Les instructions que l'empereur leur donne montre qu'il est conscient des forces mais aussi des faiblesses de Napoléon.

Alexandre et Napoléon se rencontrent pour la première fois au milieu du fleuve Niemen, à Tilsit, le 13 juin 1807. Il faut sans doute se méfier de l'image d'un Alexandre subjugué par l'empereur des Français surtout quand ce sont les diplomates français qui rapportent ses propos. L'entrevue dure plusieurs heures. A Tilsit, Alexandre sauve l'essentiel, à savoir l'existence d'un royaume de Prusse, certes très amoindri. Cela aura un impact important en 1813. De plus, aucune parcelle du territoire russe n'est cédée. La Russie annexe même la région de Bialystok, qui faisait partie de la Pologne prussienne. En échange, il doit concéder la création d'un grand-duché de Varsovie sous orbite française, qui constitue pour Napoléon une base de départ contre une éventuelle guerre contre la Russie. Ainsi que l'adhésion au système d'alliance de Napoléon dans sa guerre contre la Grande-Bretagne, ainsi qu'au blocus continental. En réalité, Alexandre pense que Londres signera rapidement une paix de compromis. Le traité de Tilsit n'engage pas la Russie à s'engager militairement contre la Grande-Bretagne. Alexandre accepte également que la France serve d'intermédiaire dans sa guerre contre l'Empire ottoman, qui a repris en 1806.

Une période d'alliance ambiguë commence. Chacun essaie de jouer au plus rusé avec l'autre.

 

La carte ci-desssous représente l'Europe en 1810. En bleu foncé, l'empire français. En bleu clair, les territoires dans l'orbite française.

 

map_europe_1810.jpg

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 21:44

 

Les contradictions de l'autocratie

 

La Russie aborde les guerres napoléoniennes en position de force. Au cours du XVIIIe s., elle s'est affirmée comme une grande puissance européenne. Les partages de la Pologne et les victoires contre l'Empire ottoman ont considérablement agrandi son territoire vers l'Ouest et le Sud. Ses victoires contre Frédéric II de Prusse au cours de la guerre de Sept Ans, qui culminent par la prise de Berlin en 1760, révèlent sa nouvelle puissance militaire. Sur le plan politique, le régime de la dynastie Romanov, en dépit de successions délicates, en sort renforcé. L'autocratie scelle une alliance politique avec l'aristocratie et la petite noblesse terrienne. La politique de confiscation menée contre les propriétés de l'Église orthodoxe par Catherine II dans les années 1760 renforcent l'assise économique de la monarchie. En 1790, 40% des serfs sont attachés aux propriétés de l'État et non de la noblesse. Si le pouvoir de l'empereur est théoriquement sans limite, le pays est cependant sous administré. En 1763, la Russie et son immense territoire comptent autant de fonctionnaires que la Prusse. La réforme administrative de 1775 étoffe quelque peu l'administration locale mais les fonctionnaires sont souvent issus de la petite noblesse locale et les confusions d'intérêts sont nombreux. En fait, l'État et la noblesse sont interdépendants. L'état a besoin de la noblesse pour peupler l'armée et l'administration. Et la noblesse de l'État car les emplois que celui ci confère sont une source de revenus indispensables. En outre, l'État assure à la noblesse sa sécurité, contre les révoltes paysannes. La révolte des Cosaques et des paysans de 1773 conduite par Emelian Pougatchev, qui se propagea sur un immense territoire et qui fut mâtée avec difficulté, restent un traumatisme pour les classes dirigeantes.

Autour des Romanov gravite un réseau aristocratique, à la Cour ou dans les hautes responsabilités de l'administration et de l'armée. Ce réseau est soudé par un système d'alliances matrimoniales. Les enfants de la haute noblesse entrent très tôt dans la Garde impériale, ce qui leur permet de gravir rapidement, grâce à leur « ancienneté », les échelons supérieurs de l'armée. Paul Ier mit fin à ce système. En 1801, il fut assassiné par un complot de la haute noblesse conduit par le gouverneur militaire de Saint-Pétersbourg, Peter von der Pahlen. L'empereur payait là un comportement arbitraire qui lésait les intérêts de l'aristocratie.

La monarchie s'appuie également sur la noblesse issue des minorités, en particulier de la minorité allemande des pays baltes. En 1812, environ 7% des généraux russes sont des nobles baltes allemands. Ce n'est pas inhabituel. Aucun des chefs de l'armée prussienne de 1812-1814, Blücher, Scharnhorst et Gneisenau, n'est d'origine prussienne ou n'a commencé sa carrière dans l'armée prussienne. Le pourcentage d'officiers d'origine étrangère est surtout important dans les services demandant une haute expertise technique (ex : la cartographie). Cela ne va pas sans créer de rancœur ou susciter de sentiment xénophobe. Mais ces officiers finissent par s'intégrer dans la société russe.

 

Quels sont les atouts et les faiblesses de l'armée russe face à Napoléon?

 

 [cf Dominic Lieven, La Russie contre Napoléon 1807-1814, Éditions des Syrtes, 2012, p. 50-58]

 

1- La population

 

La Russie compte environ 40 millions d'habitants à la mort de Catherine II. C'est un état peuplé mais dont la population n'atteint pas le chiffre de celle de l'ensemble des territoires français ou dans l'orbite française en 1812 (environ 65 millions d'habitants). Le coût d'un soldat russe est bien moins élevé qu'un soldat anglais ou français : on le paie moins, il est moins bien nourri et travaille gratuitement. Tant que la guerre reste une question de professionnels, on peut dire avec cynisme que l'armée russe, la plus nombreuse et la moins chère d'Europe, dispose d'atouts certains sur ses adversaires. Pourtant, la conscription, en vigueur en France depuis les lois Jourdan de 1798, risquent de poser un sérieux problème aux classes dirigeantes russes: le modèle d'une armée de citoyens est inapplicable en Russie, dans une société qui repose entre autres sur le servage. Il est inacceptable pour les nobles que les serfs reviennent sur leurs terres entraînés au maniement des armes. L'épisode napoléonien fut trop bref pour en discerner ce qui aurait pu en être les conséquences durables mais il faut noter que l'armée française et l'armée russe reposent sur deux conceptions sociales très différentes. Cependant, des milices furent levées en Russie en 1806-1807 puis en 1812-1814 comme expédient. Ce « pari » fut réussi par Alexandre Ier : la mobilisation, quasi générale grâce à une forte augmentation des effectifs de l'armée et la levée de milices, n'entraîna pas de remise en cause de l'ordre dominant, en dépit de certaines craintes exprimées.

 

2- les chevaux

 

La Russie possèdent de très importantes réserves de chevaux robustes, rapides et très résistants. Ils sont efficaces surtout pour les Cosaques (qui gardent leurs montures propres dans l'armée) et la cavalerie légère. Beaucoup de progrès ont été réalisés sur la cavalerie lourde, grâce à la fondation de haras dans la seconde moitiés du XVIIIe s.

 

3- l'industrie militaire

 

La Russie dispose de grandes réserves de matières premières. C'est le premier producteur mondial de fer et le second de cuir. Il lui faut cependant importer le salpêtre et le plomb, ce qui pose d'importantes difficultés du fait du blocus continental. L'industrie métallurgique, qui est certes en train de prendre du retard sur la Grande Bretagne, est de bonne qualité. Les régions de Saint-Pétersbourg et de Toula fournissent l'essentiel de l'armement. L'arsenal de Saint-Pétersbourg est doté d'un générateur à vapeur en 1811. La production de canons est remise aux normes internationales. L'artillerie russe sera de 1812 à 1814 la plus mobile sur le champ de bataille. Mais les armes individuelles sont une véritable faiblesse. La production est lente, les techniques peu rapides et non adaptées pour une production de masse et de qualité. Pourtant, les soldats russes ne manquèrent pas d'armes. Il faut signaler l'apport de 100 000 fusils d'Angleterre, qui fut d'une grande aide.

 

4- La fiscalité

 

C'est également une difficulté, qui touche tous les états en guerre. La Russie connaît une crise financière à partir de 1807. L'émission de papier monnaie ne résout rien : sa valeur chute brutalement. Les réquisitions massives sont un moyen de compenser les pertes financières.


Les premières années du règne d'Alexandre Ier

 

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Portrait d'Alexandre Ier par George Dawe (1817)

 

Sur le plan politique, Alexandre Ier monte sur le trône en 1801. On considère ses premières mesures comme une tentative limitée libéralisation, en invoquant l'influence de son ancien précepteur suisse qui lui a enseigné l'héritage des Lumières. En réalité, il s'agit surtout de rompre avec les déséquilibres politiques provoqués par son père Paul Ier qui ont mené à son assassinat. L'objectif est de consolider le trône et de renouer avec la situation laissée à la mort de sa grand-mère Catherine II. Certaines mesures vont dans le sens d'un relâchement de la pression politique et sociale, sans remettre en cause les fondements du régime. Beaucoup de projets, les plus radicaux, resteront dans les cartons et occuperont sans résultats la fraction libérale et anglophile de la noblesse de cour. On peut citer les mesures prises au printemps 1801 : rétablissement de la liberté de voyager et d'importer des livres étrangers, autorisation d'établir des imprimeries privées, amnistie pour ceux qui ont fui le régime de Paul Ier, liberté de culte pour les vieux-croyants mais aussi rétablissement des droits de la noblesse qui est à nouveau exemptée d'impôts et de châtiments corporels.

Des réformes ont pour objectif d'améliorer l'administration : réforme du Sénat en 1802, dont le rôle reste exclusivement judiciaire, sans pouvoir législatif. Réforme des ministères la même année : les collèges ministériels issus de Pierre le Grand sont remplacés par huit ministères hiérarchisés. Mais le « comité des ministres », hormis certaines périodes au début du règne, ne fonctionne pas vraiment. Il n'y a pas de collégialité gouvernementale. Les ministres sont individuellement responsables devant l'empereur. Des « lycées modernes » sont fondés. Marie-Pierre Rey, biographe d'Alexandre Ier parle de « convictions constitutionnelles » (Alexandre Ier, Flammarion, 2009, p. 147) mais ces « convictions » sont pas appliquées. Le « comité secret », où sont discutées des réformes radicales reste...secret.

 

En politique étrangère, Alexandre Ier se montre « pacifiste en Europe et expansionniste au sud » (Marie-Pierre Rey, ibid., p. 178). En 1801, il signe une convention maritime avec l'Angleterre et un traité de paix avec la France. Ce traité reconnaît les annexions territoriales de la France et rétablit des relations diplomatiques « normales ». Cependant, Alexandre Ier ne renonce pas à nouer des rapports privilégiés avec l'Angleterre. Le collège des Affaires Étrangères, sous la direction de Vorontsov, se renforce par une politique de recrutement de diplomates compétents. L'appareil militaire est luiaussi réorganisé. En 1803 Araktcheiev est nommé inspecteur général de l'artillerie dont l'organisation est considérablement améliorée.

Au sud, la politique d'Alexandre est expansionniste. Les dernières principautés géorgiennes indépendantes sont annexées. Mais l'expansion russe dans le Caucase reste difficile.

 

Les relations avec la France se dégradent rapidement. L'enlèvement du duc d'Enghien est un des facteurs déclencheurs de la reprise des guerres contre la France. Il faut y ajouter les manœuvres françaises dans les Balkans et la paix entre Paris et Constantinople qui inquiètent la Russie.

En 1805, la Russie s'engage dans la troisième coalition avec l'Angleterre et l'Autriche.

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