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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 14:14

Fin octobre et début novembre 1480, durant deux semaines, les armées du grand-prince de Moscou Ivan III et celles du khan de la Grande Horde Ahmat se font face de part et d’autre de la rivière Ugra. Le 11 novembre, le khan se retire sans combat. Il abandonne de facto toute prétention sur la principauté de Moscou.

Great_standing_on_the_Ugra_river_2.jpg

Une construction historiographique se développe à partir du XVIe siècle pour faire de « la grande halte de la rivière Ugra » (en russe : Угорщина) la fin définitive de la suzeraineté tatare sur le grand-prince de Moscou.

 

I - Le contexte historique

Depuis la fin de la Guerre Dynastique, qui avait déchiré la dynastie régnante à Moscou, et le retour du grand prince Vasilij II à Moscou en 1447, le pouvoir de la principauté moscovite ne fait que se renforcer. Les autres états russes sont peu à peu annexés. Le fils de Vasilij II, Ivan III (qui règne de 1462 à 1505), fait de Moscou la capitale de l’État le plus puissant d’Europe orientale. Il annexe la principauté de Novgorod en 1478, ce qui double l’étendue de la Moscovie vers le Nord-Ouest et le Nord et lui donne un accès au golfe de Finlande et à l’Océan Arctique.

Le grand prince de Moscou reste cependant, nominalement, le vassal du khan de la Horde d’Or, à qui il est censé verser un tribut annuel. Les liens de vassalité se distendent cependant  tout au long du XVe siècle, au fur et à mesure du renforcement de la principauté russe et de l’affaiblissement de la Horde d’Or. Cette dernière doit faire face à des divisions intestines, qui engendrent l’émergence de khanats concurrents, en Crimée, à Kazan et à Astrakhan, dans les années 1470.

Bien évidemment, un tel affermissement de Moscou ne va pas sans susciter de résistance. La grande principauté de Lituanie et royaume de Pologne (les deux états sont unis depuis la fin du XIVe siècle), gouvernée par Casimir IV, le voit d’un très mauvais œil. Elle s’allie avec le khan de la Horde d’Or contre Moscou, qui, en retour, conclut un pacte avec le khan de Crimée. Un jeu d’alliances de revers se met ainsi en place. La diplomatie d’Ivan III est également motivée par des motifs commerciaux. Il n’est pas rare de voir des marchands tatars à Moscou et des commerçants russes en Crimée comme à Kazan. Par contre, la Horde d’Or bloque le commerce en direction du Don et de la mer Caspienne.

II - La grande halte et ses conséquences

Afin de ramener son vassal récalcitrant à l’obéissance, le khan de la Horde d’Or Ahmat fait route avec son armée vers la Moscovie en juin 1480. Il atteint, au sud ouest de la principauté de Moscou, les rives de la rivière Ugra, dans l’espoir de faire la jonction avec les armées polono-lituaniennes de Casimir IV. Ivan III s’établit sur l’autre rive, à Kolomna. Une partie des boyards, la ville de Moscou et l’Église orthodoxe le pressent d’en découdre avec les tatars. En fait, le grand prince joue la montre : Casimir IV ne semble guère pressé de s’afficher aux côtés d’Ahmat et doit juguler une crise politique interne. Le 8 octobre, le kahn s'approche du confluant de l’Ugra et de l’Oka. Il se heurte aux armées russes du fils d’Ivan III, Ivan le Jeune, et de son frère Andrej le Jeune, qui le repoussent après un combat de quatre jours. Le 26 octobre, les eaux de l’Ugra gèlent. Ahmat se lasse d’attendre Casimir IV et craint l’offensive russe. Il décide de se retirer le 11 novembre. Il est tué le 6 janvier 1481 par le khan révolté de Tûmen. En septembre 1482, le khan de Crimée, devenu entre temps vassal de l’Empire ottoman mais restant allié d’Ivan III, envahit la Lituanie et pille Kiev.

C’est donc une victoire importante pour Moscou, qui desserre l’étau de l’alliance tataro-lituanienne. La grande halte de la rivière Ugra marque la dernière tentative militaire tatare sur la Moscovie. Ce n"est cependant pas la fin définitive du versement d’un tribut aux khans tatars. On conserve un édit d’Ivan III de 1504 spécifiant qu’un tribut doit être versé aux khans d’Astrahan, de Crimée et de Kazan. Cela en sera la dernière mention.

III - La résonance historiographique

Comme il faut bien fixer une date finale de la vassalité des principautés russes envers la Horde d’Or, on retient généralement celle de 1480. Il s’agit en réalité d’une étape, essentielle, dans un processus long d’émancipation des terres russes et en premier lieu de la principauté de Moscou. Très tôt, les chroniques russes, notamment les chroniques ecclésiastiques, ont magnifié l’évènement.  

L’Église orthodoxe est en effet la force sociale qui pousse le plus le pouvoir politique à la guerre active avec les khans. A son retour à Moscou, Ivan III reçoit de l’archevêque de Rostov Vassian Rylo une lettre l’accusant de manque de volonté. Cependant, à partir du milieu du XVIe siècle, les chroniques produites par l’Église font de la « grande halte » une grande bataille. On peut citer l’Épître du moine Sylvestre, datée des années 1550. Ou encore la Kazanska Istoriâ (Histoire de Kazan), qui ajoute nombre de faits fictifs.

Reste que la « Grande halte » est bien un évènement majeur de l’histoire russe.

 

(1) Духовные и договорные грамоты великих и удельных князей XIV-XVI в./ Л. В. Шерепнин, 1950, p. 352

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