Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Histoire soviétique
  • : Sur l'histoire de la Russie et de l'Union soviétique
  • Contact

Translittération du cyrillique

Ce blog utilise le système international de translittération de l'alphabet cyrillique ISO 9 : 1995 link

Recherche

Archives

3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 18:52

Le pacte : collusion du communisme et du nazisme ?

On a vu ce que le nazisme pensait du communisme et de la Russie. Mais l’URSS de Staline en 1939 est-elle communiste ? La question est moins absurde qu’il n’y paraît.

Pour y répondre, il faut qualifier les rapports du stalinisme (entendu comme système administratif et gouvernemental, voire comme système social) avec le parti communiste. Ce qui suit est particulièrement synthétique. On aura l’occasion d’apporter des précisions ultérieurement.

Je vais commencer par un paradoxe : le stalinisme des années 30 est marqué par une évolution du régime qui marche vers la perte du pouvoir effectif par le Parti communiste. Le parti communiste pan-soviétique (bolchevik) –VKP (b) pour reprendre les initiales russes- est peu à peu réduit au rôle de simple appendice de la bureaucratie et de l’administration. Par conséquent, et malgré les discours officiels, il est traité avec mépris par ces dernières et par Staline lui-même. Je vais tenter d’expliquer pourquoi en quelques mots.

La dégénérescence du VKP (b) est un processus long, non exempt de contradictions, qui dépasse largement la personne même de Staline, et dont les prodromes furent dénoncés par « l’Opposition ouvrière » dès le Xe congrès, en 1921. Les conditions matérielles (ruine et indigence du pays, anarchie économique, mauvaise gestion de la NEP qui engendre une classe d’affairistes, pénurie de cadres compétents et au fond, lassitude généralisée après 3 ans de guerre civile et d’intervention étrangère) font le lit de la bureaucratisation de l’administration (que l’on peut dénoncer dans la presse officielle) et de la contamination du parti par cette dernière (qu’il est interdit de dénoncer). Ce sont les conditions matérielles de l’émergence du stalinisme.

Une fois Staline installé solidement au pouvoir, le VKP (b) devient pour lui un handicap. Pour construire une nouvelle société (industrialisation, collectivisation) tout en renforçant son pouvoir, il a besoin de cadres appâtés par des avantages personnels et matériels, bien loin de la morale fraternelle bolchevique, tout en se livrant à des purges périodiques pour maintenir sur eux une pression constante. Staline n’a pas laissé de pensum théorique général (il se désintéresse de la théorie et déteste les théoriciens bolcheviks, quelle que soit leur tendance, et les éliminera les uns après les autres). Mais en 1925, un discours prononcé devant les élèves de l’Université communiste Sverdlov (2) en dit long : Staline déclare qu’il n’y a pas de difficultés objectives et donc que les retards et les problèmes ne peuvent venir que des erreurs des cadres. On ne peut faire plus anti-marxiste. Ce discours annonce les contradictions du stalinisme des années 30 : on se fixe des grands chantiers ambitieux à réaliser très rapidement mais on les fait réaliser par un appareil bureaucratique de plus en plus complexe et tentaculaire, que l’on purge périodiquement, à la fois tout-puissant et incertain du lendemain. Cela achève le VKP (b), au même titre que l’élimination des oppositions successives qui émergent au sein de la direction du parti. Le marxisme est de facto quasi-enterré : ce n’est pas pour rien qu’un des premiers objectifs de Staline fut de briser l’indépendance de l’Institut Marx-Engels (notamment par l’arrestation de son directeur, le remarquable David Râzanov, qui se moqua de Staline: « laisse tomber, Koba [pseudonyme de Staline jusqu’en 1912], ne te mets pas dans une situation ridicule. Tout le monde sait très bien que la théorie n’est pas ton fort » (1)). Les instances du parti sont dévitalisées. Rakovski écrit à propos du XVIe congrès (1930) : « le congrès est passé à côté de la vie » (3). Les instances dirigeantes ne sont guère mieux loties. Elles sont désarticulées. Le Comité central devient de plus en plus une coquille vide, dont les réunions plénières se font rares : il n’y a qu’un seul plénum réuni durant les quatre années de guerre, en 1944. Il est englué dans un nombre invraisemblable de commissions et est devenu incapable de fixer une ligne d’ensemble. Le Bureau politique est dévitalisé à partir de 1935 : il se réunit de plus en plus en sous-groupes qui prennent leur décisions au nom de l’ensemble. 

La base et l’encadrement du parti sont en outre les premières victimes des purges et de la terreur. La police politique, le GUPB (direction générale de la sécurité d’État) du NKVD (commissariat du peuple aux affaires intérieures) est proclamée « bras armé du parti » : en fait, elle écrase et désarticule le VKP (b) sous les coups des arrestations massives. Sur les 1100 délégués au XVIIe congrès (1934), environ 850 sont arrêtés ou fusillés quand le congrès suivant se réunit en 1939.

En 1939, le parti est sonné, sans ligne politique claire, sans programme, et sa direction est en fait quasi-virtuelle. Les hauts responsables du parti exercent un rôle du fait des responsabilités politiques, administratives, judiciaires, militaires qu’ils occupent par ailleurs mais pas parce qu’ils sont membres d’un Comité central ou d’un Bureau politique qui n’existent presque plus que sur le papier.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de capacités ni de communistes en son sein. Des sections clandestines du VKP (b) seront à la base de la constitution de brigades de partisans dans les territoires occupés par les nazis. Pour porter remède à la gangrène du parti par « l’économie » (la bureaucratie économique qui contrôle de larges secteurs du parti à coups de pots-de-vin), des tentatives (sans lendemain) seront conduites après-guerre par Aleksej Kuznecov entre 1946 et 1948. En 1946, le Comité central perd (pour quelques années) ses attributions économiques, ce qui le dégraisse considérablement. Durant l’enquête que mena Kuznecov, un militant lui dira « le parti a perdu le pouvoir » (4). Staline lui-même reconnaîtra alors que « le parti n’a pas de programme », mais ce sera pour mieux imposer au VKP (b) le pire des « programmes », le jdanovisme, une idéologie d’extrême droite, ultranationaliste…

 

Au moment où fut signé le pacte, le VKP (b), en tant que parti politique, est un pantin désarticulé et méprisé. Il est devenu incapable de formuler la moindre ligne politique d’ensemble. Difficile de dire, dans ces conditions, que le pacte est la collusion du nazisme et du communisme. Le communisme dans l’Union soviétique de 1939 a perdu son meilleur outil, le parti. Il est en grande partie devenu un alibi rhétorique entre les mains de Staline.

 

A suivre, le 3e volet de notre série sur le pacte, la diplomatie soviétique et le nazisme durant les années 30.

 

(1)   cité et traduit par Jean-Jacques Marie, Staline, Fayard, 2001, p. 231

(2)   École d’enseignement supérieure à destination des futurs cadres du parti et de l’administration soviétique, créée en 1918. Rebaptisée École supérieure du parti PCUS, elle subsiste en 1991. C’est un peu l’ENA de l’Union soviétique.

(3)   « Au congrès et dans le pays », dans Bulletin de l’opposition (bolchevique léniniste) [comprendre : trotskiste], n° 25-26, novembre-décembre 1931.

(4)   cité et traduit par Moshe Lewin, le Siècle soviétique, Fayard, Le Monde diplomatique, 2003, p. 178.

Repost 0
Published by iskra - dans URSS 1939-1941
commenter cet article
28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 16:19

J'inaugure ici une série d'articles sur le pacte Molotov-Ribbentrop, signé il y a 70 ans.

Le 23 août 1939, l’URSS et l’Allemagne signent un pacte de non-agression, assorti d’un protocole secret par lequel les deux signataires se répartissent les pays baltes et la Pologne en zones d’influencelink. Cette répartition sera modifiée par un additif secret signé le 28 septembre 1939.

 

La signature de ce pacte de non-agression est une surprise pour tous. Pour le Parti communiste soviétique, dont le Bureau Politique n’a pas discuté de son contenu final. Pour le mouvement communiste international et la IIIe Internationale, pour qui le Pacte renverse complètement la ligne politique de front antifasciste adoptée à son VIIe congrès, en 1935, et jette les PC nationaux dans une grave crise (le PC français sera interdit). Pour l’opinion publique occidentale, qui s’attendait à la signature d'un pacte tripartite URSS-France-Angleterre.

 

Le pacte du 23 août 1939, et surtout son protocole secret, sont revenus sur le devant de la scène politique et historiographique lors de l’explosion de l’URSS. Il a été érigé comme symbole de la collusion des « totalitarismes », la preuve que nazisme et communisme ne sont guère si différents. Le pacte entre l’URSS et l’Allemagne nazie s’est parfaitement bien fondu dans la vision néolibérale de l’histoire, qui fait de la lutte entre « totalitarisme » et « démocratie » le moteur principal de l’évolution historique.  

La commémoration des 50 ans du pacte dans les républiques baltes de l’URSS le 23 août 1989 fut une étape majeure sur la route des indépendances. 1 million d’Estoniens, de Lettons et de Lituaniens ont formé une chaîne humaine de 600 km de long ("la voie balte").

Le succès de cette manifestation fut permise, entre autres, par la constitution d’une commission d’enquête sur le pacte à l'initiative du Congrès des députés du Peuple d’URSS. Cela aboutit le 24 décembre 1989 à la condamnation du pacte par le Congrès.

Retour aux sources du nazisme : Mein Kampf

On a écrit que ce pacte était inéluctable, car les deux régimes, totalitaires, sont appelés à s’entendre pour se partager l’Europe orientale.

Je commencerai par rappeler ce qu’Hitler écrit dans « Mein Kampf ». L’édition utilisée est celle mise en ligne par la Bibliothèque électronique du Québec, collection « polémique et propagande », qui reprend le texte de la première traduction en français, par J. Gaudefroy-Demombynes et A. Calmettes, parue aux Nouvelles éditions latines, non datéelink.

Sur le marxisme

« en présence de la subordination complète de l’état actuel au marxisme, le mouvement national-socialiste a d’autant plus le devoir, non seulement de préparer par les armes de l’esprit le triomphe de son idée, mais aussi d’organiser, sous sa propre responsabilité, la défense contre la terreur de l’Internationale, ivre de sa victoire » (t. II, p. 283-284).

S’ensuit des pages et des pages à la gloire des SA, qui sont sans doute « les armes de l’esprit » évoquées dans le passage cité…

Sur la Russie : appel à l'extermination et à la colonisation

« L’organisation de l’état russe ne fut point le résultat des aptitudes politiques du slavisme en Russie, mais bien plutôt un exemple remarquable de l’action, créatrice d’états, de l’élément germanique au milieu d’une race de moindre valeur ». (t. II, p. 495).

 

Ici, il pousse à l’extrême la thèse normaniste de la création de la Rus’ de Kiev. On s’étonne ensuite que celle-ci fut très mal vue en URSS...


« Ainsi, depuis des siècles, la Russie vivait aux dépens du noyau germanique de ses couches supérieures dirigeantes qu’on peut considérer actuellement comme extirpé et anéanti. Le Juif a pris sa place. Et tout comme le Russe est incapable de secouer le joug des Juifs par ses propres moyens, de même le Juif ne saurait, à la longue, maintenir le puissant État. Lui-même n’est pas un élément organisateur, il n’est qu’un ferment de décomposition. L’État gigantesque de l’Est est mûr pour l’effondrement. Et la fin de la domination juive en Russie sera aussi la fin de la Russie en tant qu’État. Nous avons été élus par le destin pour assister à une catastrophe, qui sera la preuve la plus solide de la justesse des théories racistes au sujet des races humaines. Et notre tâche, la mission du mouvement national-socialiste, consiste à amener notre propre peuple à ces conceptions politiques, qui lui feront voir son avenir non dans les enivrantes impressions d’une nouvelle campagne d’Alexandre, mais dans le travail laborieux de la charrue allemande à laquelle le glaive n’a qu’à donner la terre » (ibid. p. 496).

C’est donc un appel à l’élimination des peuples slaves et juifs, et à la colonisation de la Russie.

Sur une alliance entre l'Allemagne et la Russie

«  La Russie actuelle, dépouillée de sa classe dirigeante germanique – indépendamment des intentions secrètes de ses nouveaux maîtres – ne peut être un allié dans la lutte pour la libération de la nation allemande. Au point de vue purement militaire, les conditions seraient directement catastrophiques au cas d’une guerre Allemagne-Russie contre l’Europe occidentale et probablement contre tout le reste du monde. La lutte se déroulerait non pas sur le territoire russe, mais sur le territoire allemand, sans que l’Allemagne puisse recevoir de la Russie un secours tant soit peu efficace » (ibid. p. 503).

 

« Une alliance dont les buts n’englobent pas aussi la perspective d’une guerre, est dénuée de sens et de valeur. On ne s’allie qu’en vue d’un combat. Et même si le règlement de comptes se trouve encore dans le lointain au moment où l’on conclut l’alliance, l’on n’en agit pas moins au fond prévoyant que l’on sera entraîné à une guerre. » (ibid. p. 505).

 

« On ne traite surtout pas avec des individus pour qui aucun accord ne serait sacré, car, dans ce monde, ils sont non pas les représentants de l’honneur et de la vérité, mais bien ceux du mensonge, de la duperie, du vol, du brigandage, du pillage ». (ibid. p. 507)

 

Contre la Russie, les Juifs, les communistes : les ennemis du nazisme sont clairement désignés

« Le danger auquel la Russie a succombé menacera toujours l’Allemagne. Seul, un bourgeois naïf peut s’imaginer que le bolchevisme est conjuré » (ibid.).

 

« Nous devons voir dans le bolchevisme russe la tentative des Juifs au vingtième siècle, pour conquérir la domination mondiale […]. Le Juif non plus n’interrompt pas sa marche vers la dictature mondiale par un renoncement volontaire ou bien en refoulant en lui-même son éternelle aspiration. Lui aussi ne saurait être forcé à rebrousser chemin que par des forces extérieures à lui-même, car son instinct de domination mondiale ne s’éteindra qu’avec lui » (ibid., p. 508).

 

« La lutte contre la bolchevisation mondiale juive exige une attitude nette vis-à-vis de la Russie soviétique. On ne peut pas chasser le diable par Belzébuth » (ibid. p. 509).

 

Avant d’évoquer plus précisément le Pacte et les circonstances de sa signature, il faut se rappeler quel est le seul but réel des nazis vis-à-vis des Juifs, des communistes, des peuples slaves : l’extermination, le crime de masse.


Mein Kampf est un livre sous droits jusqu'en 2015. Les droits d'auteur sont versés au land de Bavière.

Reprise partielle de l’"Avertissement au lecteur" de l’édition citée, dont la publication a été ordonnée par arrêt de la cour d’appel de Paris du 11 juillet 1979.

"« Mein Kampf », qui constitue assurément un document indispensable pour la connaissance de l’histoire contemporaine, est aussi une oeuvre de polémique et de propagande dont l’esprit de violence n’est pas étranger à l’époque actuelle et qui par là-même peut encore, malgré l’inanité de ses théories, contribuer à une renaissance de la haine raciale ou à l’exaspération de la xénophobie.

À ce titre, « Mein Kampf » n’a pas cessé de tomber sous le coup de la loi du 29 juillet 1881 modifiée par la loi du 3 juillet 1972 qui dispose :

Article 23. – « Seront punis comme complice d’une action qualifiée crime ou délit ceux qui, soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics soit par des écrits, des imprimés vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publics, soit par des placards ou affiches, exposés au regard du public, auront directement provoqué l’auteur ou les auteurs à commettre ladite action, si la provocation a été suivie d’effet...

Cette disposition sera également applicable lorsque la provocation n’aura été suivie que d’une tentative de crime prévue par l’article 2 du Code pénal. »

Article 24, alinéa 5. – « Ceux qui, par l’un des moyens énoncés à l’article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 2000 à 300 000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement. »

Article 32, alinéa 2. – « La diffamation commise par les mêmes moyens envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée sera

punie d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 300 francs à 300 000 francs, ou de l’une de ces deux peines seulement. »

Article 33, alinéa 3. – « Le maximum de la peine d’emprisonnement sera de six mois et celui de l’amende de 150 000 francs si l’injure a été commise dans les conditions prévues à l’alinéa précédent, envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. »

[...]

Le lecteur de « Mein Kampf » doit donc se souvenir des crimes contre l’humanité qui ont été commis en application de cet ouvrage, et réaliser que les manifestations actuelles de haine raciale participent de son esprit".


Repost 0
Published by iskra - dans URSS 1939-1941
commenter cet article
22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 15:36

Le 16 septembre, à la veille du 66e anniversaire de la libération de la ville, Brânsk élèvera un monument à la mémoire des Juifs victimes du fascisme, dans le cimetière central.

Un vaste projet mémoriel

Ce monument est construit dans le cadre du projet « vernut’ dostoinstvo » (« retrouver la dignité ») initié par le congrès des Juifs de Russie. Ce projet fut présenté le 12 août dernier à Moscou.

Ses objectifs sont d’identifier, de délimiter et d’ériger des monuments sur les lieux d’inhumation des victimes du fascisme. « Les limites du lieu d’inhumation doivent être délimitées précisément, ils doivent être clôturées et un mémorial érigé à leur emplacement », annonce le dossier de presse. Une dizaine d’inspecteurs sillonneront la Russie et les pays de l’ex-URSS pour identifier les lieux d’inhumation. Le dossier de presse souligne l’importance de garder la mémoire des victimes du fascisme : c’est une responsabilité internationale, surtout dans un contexte où « la xénophobie augmente dans divers pays de la planète et résonnent des appels à la révision du bilan de la seconde guerre mondiale ». La réhabilitation des collaborateurs pro-nazis dans divers pays d’Europe orientale est ici visée.

Les initiateurs du projet se placent sous le patronage posthume du Comité juif antifasciste. « Retrouver la dignité » fut présenté le jour anniversaire de l’exécution de 13 membres du Comité, le 12 août 1952, alors que Staline déclenche une campagne antisémite, parmi lesquels figurent les poètes David Gofštejn, Perec Markiš, Lejb Kvitko, Icik Fefer et l’écrivain David Bergel’son. Le lieu où ils furent enterrés est encore aujourd’hui inconnu.

Brânsk sous le joug fasciste

La ville de Brânsk (aujourd’hui 400 000 habitants, non loin des frontières de l’Ukraine et de la Biélorussie) fut prise par les Allemands le 6 octobre 1941 et libérée le 17 septembre 1943. La région connaît un mouvement partisan très puissant.

La ville de Brânsk possède 88 000 habitants en 1939, dont 5100 Juifs. La population juive qui n’a pas réussi à s’échapper est exterminée en août 1942. Après la guerre, on découvrit 7500 corps (de Juifs et de tsiganes) jetés dans 14 fosses communes.

Sources

- RIA Novostilink
- Fondation « Mémoire historique »link
- Slutsky, Yehuda. "Bryansk." Encyclopaedia Judaica. Eds. Michael Berenbaum et Fred Skolnik. Vol. 4. 2nd ed. Detroit: Macmillan Reference USA, 2007. 229. 22 vols. Gale Virtual Reference Library. Gale. Bibliothèque nationale de France. 21 Aug. 2009 

Repost 0
Published by iskra - dans Holocauste
commenter cet article
11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 23:01

Extrait d'une dépêche de RIA-Novosti (traduction française par RIA Novostilink) :

WASHINGTON, 7 août - RIA Novosti. Des experts américains qualifient de "falsification dangereuse de l'histoire" les affirmations selon lesquelles l'Armée Rouge a libéré l'Europe dans la Seconde guerre mondiale.

"Il s'agit d'une campagne - d'ailleurs bien organisée - visant à falsifier l'histoire. Cette campagne est souvent évoquée par les pays baltes, l'Ukraine et la Pologne. Et pourtant, elle jouit d'un grand crédit en Russie", a déclaré l'Américain d'origine polonaise Michael Sporer, professeur de sciences humaines et de communication à l'Université du Maryland et spécialiste de l'histoire de la Pologne du XXe siècle, lors d'une table ronde organisée au centre de recherches politiques Heritage Foundation à Washington. A titre d'exemple, il a cité le fait que "77% de la population russe sont persuadés que l'Armée Rouge a libéré l'Europe".

Selon M.Sporer, la "campagne de falsification historique" tient à "l'incapacité de la Russie à prendre conscience de son identité et à comprendre si elle demeure un pays soviétique ou si elle avance vers d'autres rivages".

 

Au-delà des propos paternalistes sur "l'identité" russe, ces déclarations montrent la volonté du courant néoconservateur de refaire l’histoire. Heritage Foundation, dont le slogan est « leadership for America », n’est pas seulement un « centre de recherches politiques » mais un think tank néoconservateur dont le but est de « formuler et promouvoir des politiques publiques conservatrices, fondées sur les principes de libre entreprise, d’un État limité, de liberté individuelle, des valeurs traditionnelles américaines et sur une défense nationale puissante »link.

La nature du régime stalinien et l’établissement de dictatures bureaucratiques et policières en Europe centrale et orientale ne doit pas faire oublier que sans l’URSS, qui a combattu seule en Europe durant trois ans les assauts des armées fascistes, les criminels nazis auraient pu se maintenir bien plus longtemps au pouvoir. 30 millions de soviétiques, civils ou militaires, furent victimes du nazisme. La résistance puis l’offensive de l’Armée rouge permirent l’écrasement des hordes fascistes et la Grande Victoire de 1945.

Repost 0
Published by iskra - dans URSS 1941-1945
commenter cet article
9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 15:09

Exposition virtuelle organisée par la BDIC

La BDIC consacre une très belle exposition virtuelle aux photos prises au Goulag par Vladimir Ablamski (1911-1994) entre 1953 et 1956link. Détenu dans le complexe « Ozerlag », il est chargé par les autorités du camp de photographier les zeks libérés, de mars 1953 (mort de Staline) à août 1956 (sa propre libération). L’exposition rassemble des photographies de la vie dans les camps, de détenus et de leurs gardiens ainsi que des documents d’archives (traduits) provenant de l’association Mémorial de Sibérie.

Les photos peuvent surprendre. Elles illustrent une période bien particulière de l’existence du Goulag : la transition entre la mort de Staline et le démantèlement des camps.

Les camps après la mort de Staline

Je ne paraphraserai pas ici les commentaires de l’exposition mais j’apporterai quelques précisions de nature historique.

Le Goulag rassemble en 1950 environ 2,5 millions de détenus. Dès la mort de Staline, le 5 mars 1953, les prétendants à la succession et au premier chef Lavrentij Beria, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité d’État, engagent une vague de réformes.

Beria veut enlever au Goulag sa fonction « économique », qui est au demeurant un échec criant, pour ne garder "que" sa fonction « politique », de répression.

Le 18 mars 1953, le conseil des ministres adopte un décret qui retire au ministère de l’Intérieur les organismes économiques qui dépendaient de lui et dont la main d’œuvre était en immense majorité constituée de détenus (construction de chemins de fer, de routes, de centrales électriques, extraction minière..).

Le 27 mars, une amnistie partielle est promulguée : les détenus de droit commun condamnés à des peines inférieures à 5 ans et les détenus politiques à des peines inférieures à 3 ans sont libérés. Les autres voient leur peine réduite de moitié. Plus d’un million de personnes sont libérées mais aucune infrastructure n’est prévue pour les transporter ni pour les accueillir : le tout se déroule dans une grande improvisation.

Beria est arrêté le 26 juin 1953. Le processus de démantèlement s’accélère. Des grèves éclatent dans les camps, sur des revendications telles que la réduction de la journée de travail à 10 ou 8 heures, la fin des restrictions des correspondances avec les familles, de la séparation hommes/femmes sur le lieu de travail, l’amélioration du ravitaillement et de l’habillement, l’extension de l’amnistie du 27 mars aux politiques… Les autorités répondent avec un mélange de concessions et de répression.

Mais, fondamentalement, l’atmosphère change dans les camps. Le 17 septembre 1955, les Soviétiques ayant collaboré avec les Allemands durant la guerre condamnés à des peines inférieures à 10 ans sont libérés.

Le Goulag se disloque mais ne disparaît pas : il garde un rôle pénitentiaire ainsi qu’une fonction politique, mais limitée aux dissidents et aux suspects de nationalisme. Il ne vise plus la masse de la population.

Repost 0
Published by iskra - dans URSS 1953-1964
commenter cet article
8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 18:03

Troisième profanation en deux ans

Le mémorial du ghetto de Sluck (Слуцк), ville de 60000 habitants située à 100 km au sud de Minsk, a été profané dans la nuit du 25 au 26 juillet. Pour la troisième fois en deux ans, il a été recouvert de croix gammées et de slogans antisémites.

Le monument rappelle que les détenus du ghetto furent exécutés et brûlés par les fascistes le 8 février 1943. La ville de Sluck comptait avant la guerre une importante communauté juive. Elle fut occupée par les nazis de juillet 1941 à juin 1944. Au total, 26 000 à 30 000 personnes ont été tuées durant l’occupation dans la ville et ses environs.

Une importante communauté juive

La première mention d’une présence juive à Sluck date de 1583 et une communauté y réside depuis le début du XVIIe s. Ce fut un grand centre d’érudition et une des principales communautés de Biélorussie. La ville est annexée à la Russie lors du deuxième partage de la Pologne, en 1793. En 1897, 71% des 13000 habitants de la ville sont de confession juive. Le traducteur de Cholem Alecheimlink en hébreu,  Ichak Dov Berkovič (1885-1967), est originaire de Sluck. La guerre civile et la guerre russo-polonaise ont durement touché la ville. En 1926, la communauté juive compte 8358 membres (53% de la population de la ville).

Le ghetto et l'extermination

Les armées allemandes occupent Sluck dès le 5 juillet 1941 (13 jours après l’agression du 22 juin). Des centaines de Juifs ont cependant le temps de profiter des mesures d’évacuation d’urgence. Des centaines d’autres fuient à pied.

Les prémisses de l’extermination s’annoncent dès le mois de juillet 1941, lorsque la population est enregistrée et le port de l’étoile jaune imposé à la population juive. Un premier ghetto est fondé dès le mois de juillet. Les exécutions ne tardent guère à commencer : 500 personnes sont fusillées début octobre.

Mais le pire reste à venir. Les 27 et 28 octobre 1941, le 12e bataillon de police militaire composé de Lituaniens, formé à Kaunas et commandé par Antanas Impuliavičus, et le 3e bataillon de police militaire composé d’Allemands déclanchent un pogrom dans la ville. 500 personnes sont tuées. La sauvagerie du bataillon fut telle que l’administration d’occupation locale fut même contrainte à émettre quelques protestations (de pure forme). Les victimes du pogrom ne se comptent pas seulement parmi les Juifs.

Un second ghetto est construit ensuite. Le 5 février 1943, le chef du SD en Biélorussie, Eduard Strauch, ordonne l’extermination du ghetto de Sluck. Un bataillon de SS massacre les personnes qui y sont enfermées le 8 février 1943. 3000 personnes sont exécutées. 25 personnes parviennent à s’échapper et à rejoindre les partisans soviétiques.

Sluck fut libérée le 30 juin 1944.


Sources

- Site de l’association « Mémoire historique »link

- article de Nataliâ Vidlogaâ, du musée de Sluck, « la tragédie du ghetto de Sluck »link

Repost 0
Published by iskra - dans Holocauste
commenter cet article