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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 14:14

Fin octobre et début novembre 1480, durant deux semaines, les armées du grand-prince de Moscou Ivan III et celles du khan de la Grande Horde Ahmat se font face de part et d’autre de la rivière Ugra. Le 11 novembre, le khan se retire sans combat. Il abandonne de facto toute prétention sur la principauté de Moscou.

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Une construction historiographique se développe à partir du XVIe siècle pour faire de « la grande halte de la rivière Ugra » (en russe : Угорщина) la fin définitive de la suzeraineté tatare sur le grand-prince de Moscou.

 

I - Le contexte historique

Depuis la fin de la Guerre Dynastique, qui avait déchiré la dynastie régnante à Moscou, et le retour du grand prince Vasilij II à Moscou en 1447, le pouvoir de la principauté moscovite ne fait que se renforcer. Les autres états russes sont peu à peu annexés. Le fils de Vasilij II, Ivan III (qui règne de 1462 à 1505), fait de Moscou la capitale de l’État le plus puissant d’Europe orientale. Il annexe la principauté de Novgorod en 1478, ce qui double l’étendue de la Moscovie vers le Nord-Ouest et le Nord et lui donne un accès au golfe de Finlande et à l’Océan Arctique.

Le grand prince de Moscou reste cependant, nominalement, le vassal du khan de la Horde d’Or, à qui il est censé verser un tribut annuel. Les liens de vassalité se distendent cependant  tout au long du XVe siècle, au fur et à mesure du renforcement de la principauté russe et de l’affaiblissement de la Horde d’Or. Cette dernière doit faire face à des divisions intestines, qui engendrent l’émergence de khanats concurrents, en Crimée, à Kazan et à Astrakhan, dans les années 1470.

Bien évidemment, un tel affermissement de Moscou ne va pas sans susciter de résistance. La grande principauté de Lituanie et royaume de Pologne (les deux états sont unis depuis la fin du XIVe siècle), gouvernée par Casimir IV, le voit d’un très mauvais œil. Elle s’allie avec le khan de la Horde d’Or contre Moscou, qui, en retour, conclut un pacte avec le khan de Crimée. Un jeu d’alliances de revers se met ainsi en place. La diplomatie d’Ivan III est également motivée par des motifs commerciaux. Il n’est pas rare de voir des marchands tatars à Moscou et des commerçants russes en Crimée comme à Kazan. Par contre, la Horde d’Or bloque le commerce en direction du Don et de la mer Caspienne.

II - La grande halte et ses conséquences

Afin de ramener son vassal récalcitrant à l’obéissance, le khan de la Horde d’Or Ahmat fait route avec son armée vers la Moscovie en juin 1480. Il atteint, au sud ouest de la principauté de Moscou, les rives de la rivière Ugra, dans l’espoir de faire la jonction avec les armées polono-lituaniennes de Casimir IV. Ivan III s’établit sur l’autre rive, à Kolomna. Une partie des boyards, la ville de Moscou et l’Église orthodoxe le pressent d’en découdre avec les tatars. En fait, le grand prince joue la montre : Casimir IV ne semble guère pressé de s’afficher aux côtés d’Ahmat et doit juguler une crise politique interne. Le 8 octobre, le kahn s'approche du confluant de l’Ugra et de l’Oka. Il se heurte aux armées russes du fils d’Ivan III, Ivan le Jeune, et de son frère Andrej le Jeune, qui le repoussent après un combat de quatre jours. Le 26 octobre, les eaux de l’Ugra gèlent. Ahmat se lasse d’attendre Casimir IV et craint l’offensive russe. Il décide de se retirer le 11 novembre. Il est tué le 6 janvier 1481 par le khan révolté de Tûmen. En septembre 1482, le khan de Crimée, devenu entre temps vassal de l’Empire ottoman mais restant allié d’Ivan III, envahit la Lituanie et pille Kiev.

C’est donc une victoire importante pour Moscou, qui desserre l’étau de l’alliance tataro-lituanienne. La grande halte de la rivière Ugra marque la dernière tentative militaire tatare sur la Moscovie. Ce n"est cependant pas la fin définitive du versement d’un tribut aux khans tatars. On conserve un édit d’Ivan III de 1504 spécifiant qu’un tribut doit être versé aux khans d’Astrahan, de Crimée et de Kazan. Cela en sera la dernière mention.

III - La résonance historiographique

Comme il faut bien fixer une date finale de la vassalité des principautés russes envers la Horde d’Or, on retient généralement celle de 1480. Il s’agit en réalité d’une étape, essentielle, dans un processus long d’émancipation des terres russes et en premier lieu de la principauté de Moscou. Très tôt, les chroniques russes, notamment les chroniques ecclésiastiques, ont magnifié l’évènement.  

L’Église orthodoxe est en effet la force sociale qui pousse le plus le pouvoir politique à la guerre active avec les khans. A son retour à Moscou, Ivan III reçoit de l’archevêque de Rostov Vassian Rylo une lettre l’accusant de manque de volonté. Cependant, à partir du milieu du XVIe siècle, les chroniques produites par l’Église font de la « grande halte » une grande bataille. On peut citer l’Épître du moine Sylvestre, datée des années 1550. Ou encore la Kazanska Istoriâ (Histoire de Kazan), qui ajoute nombre de faits fictifs.

Reste que la « Grande halte » est bien un évènement majeur de l’histoire russe.

 

(1) Духовные и договорные грамоты великих и удельных князей XIV-XVI в./ Л. В. Шерепнин, 1950, p. 352

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 18:10

Le 17 septembre dernier, les Archives d’État de la Fédération de Russie (initiales russes : GARF) fêtaient les 90 ans de leur existence. Cet anniversaire est l’occasion de revenir sur l’histoire de cette institution. GARF est l’héritier du centre d’archives de la Révolution d’Octobre, créé en 1920, et des Archives centrales d’État de la RSFSR.

 

I-                   Les décisions de 1920

 

Le 17 septembre 1920 est en effet promulgué un décret de la Direction générale des archives du Commissariat du peuple à l’Instruction « pour la conservation des documents importants de la RSFSR ainsi que les documents les plus précieux de l’ancien régime ». Les Archives d’État de la RSFSR sont créées. Elles sont composées de quatre départements :

-         documents sur la politique intérieure et extérieure jusqu’au XVIIIe s.

-         documents d’État de l’époque moderne (XIXe s.-1er mars 1917)

-         documents sur l’histoire de la Révolution et du mouvement social (jusqu’au 1er mars 1917)

-         documents sur la Révolution (après le 1er mars 1917).

Ce quatrième département, appelé « Archives de la Révolution d’Octobre » est divisé en six services : politique intérieure et extérieure, histoire du Parti bolchevique, lettres et mémoires, documents économiques et statistiques, presse, images. Le 21 septembre 1920, le Conseil des commissaires du peuple décide la création d’une commission chargée de rassembler des documents sur l’histoire de la Révolution et du Parti communiste.

Le 24 novembre 1921, le présidium du Comité exécutif central rattache directement sous son autorité la Direction générale des archives du Commissariat du peuple à l’Instruction sous le nom d’Archives centrales de la RSFSR (Centrarhiv).

 

II-                Les Archives de la Révolution d’Octobre, centre d’archives contemporaines de l’URSS

 

Le pouvoir soviétique accorde beaucoup d’importance aux archives de la Révolution. Le service des Archives de la Révolution d’Octobre devient autonome en mai 1923. Il a pour mission de collecter les documents se rapportant aux évènements de 1917 et aux partis révolutionnaires et contre-révolutionnaires, y compris les photographies et les documents cinématographiques. Les documents qui concernent directement Lénine sont, eux, transférés à l’Institut Lénine, par décision du XIIIe congrès du Parti en mai 1924. Les Archives de la Révolution en conserveront cependant une copie. À partir de 1925, les archives de l’Armée rouge constituent une institution particulière. Malgré la naissance de ces deux centres « concurrents », les collections des Archives de la Révolution croissent rapidement. Elles comportent, en 1926, 229 fonds et 500 000 documents et, en 1928, 3000 fonds et plus d’un million de documents. Une section d’archives cinématographiques est créée. Les Archives de la Révolution s’installent dans un nouveau bâtiment, spécialement conçu pour les abriter, en 1934.

En 1935, elles deviennent officiellement le lieu de conservation des documents des organes supérieurs de l’État soviétique comme de la RSFSR, ainsi que du Gouvernement provisoire, des gouvernements contre-révolutionnaires de l’époque de la guerre civile et de l’intervention militaire étrangère. L’organisation interne est profondément réformée. Un conseil scientifique est institué. En 1938, les Archives de la Révolution d’octobre comptent 3500 fonds et presque 1,5 million de documents. 

En 1938, les archives d’État sont placées sous la tutelle du commissariat du peuple aux affaires intérieures (NKVD) de l’URSS. Cette décision place les archives sous contrôle. Les Archives de la Révolution d’Octobre deviennent les « Archives centrales d’État de la Révolution d’Octobre » (CGAOR).

Par un décret du Conseil des commissaires du peuple de l’URSS du 29 mars 1941, l’organisation des centres d’archives d’État est modifiée. Les Archives de la Révolution prennent le nom d’Archives centrales d’État de la Révolution d’Octobre et de l’édification du socialisme » (initiales russes : CGAORSS).

 

III-             Les versements avant et après la guerre

 

Durant la période de la guerre, les archives sont évacuées à Perm (alors Molotov), à Orenburg (alors Čkalov) et à Barnaul. Cette période voit l’arrivée aux Archives de 350 000 dossiers du présidium du Comité exécutif central, du Soviet suprême de la RSFSR et du conseil des commissaires du peuple de l’URSS.

Après la guerre, des versements importants agrandissent les fonds :

-         En 1946, la Tchécoslovaquie cède les Archives historiques de l’émigration russe (RZIA) fondées à Prague en 1923. Ces documents seront par la suite répartis, selon leur thème ou leur intérêt régional, dans divers centres d’archives thématiques ou régionaux.

-          De même, CGAORSS acquiert en 1951 les archives de la « Сommission extraordinaire d’État sur les méfaits des occupants germano fascistes et de leurs complices » qui a enquêté sur les massacres commis par les fascistes dans les territoires occupés.

-          De 1953 à 1958, les archives des procès de Nuremberg et de Tokyo y sont également versées.

-          En 1957, CGAORSS reçoit les archives des 24 ministères et administrations de l’URSS qui sont supprimés (1).

-          Les archives du Ministère de l’Intérieur d’URSS y sont versées en 1960.

En 1958, CGAORSS compte 5500 fonds et presque 6 millions de dossiers, qui s’étendent de 1917 à 1956.

 

Le 28 juillet 1961, CGAORSS est divisé en deux : les Archives centrales d’État de la Révolution d’Octobre de l’URSS (CGAOR URSS) et les Archives centrales d’État de l’économie populaire (CGANH). CGAOR compte alors 4600 fonds et 2,8 millions de dossiers. Il rassemble les archives des organes supérieurs de l’État de l’URSS ainsi que des organes centraux dans les domaines du travail, de la santé, de l’éducation, de la presse, de l’information, des affaires intérieures, de la justice, du contrôle de l’État, de la procurature d’État ainsi que les archives de certaines organisations sociales. En outre, les fonds des anciennes Archives historiques centrales d’État (CGIAM) rejoignent CGAOR.

 

Les années 1970 et 1980 voient une diminution des fonds. Certains rejoignent les Archives centrales d’État de la RSFSR. En 1980 et 1984, le KGB et le ministère de l’intérieur de l’URSS reçoivent respectivement le droit de conserver les documents d’archives qu’ils produisent. Le 1er janvier 1992, le CGAOR compte 2500 fonds et 3,5 millions de dossiers.

 

IV-             La naissance de GARF

 

Le 28 avril 1992 les fonds de CGAOR et des Archives centrales de la RSFSR sont fondus dans une nouvelle institution, les Archives d’État de la Fédération de Russie (GARF). Le 1er janvier 1993, GARF compte 3100 fonds et 5 millions de documents.

 

Le 7 décembre 1993, est fixée une liste de 323 institutions qui doivent verser leurs archives à GARF. On y trouve le gouvernement, les organes centraux du pouvoir législatif ainsi que les organes fédéraux du pouvoir, à l’exception des ministères de la défense, des affaires étrangères et de la culture, du comité du cinéma et de l’Académie des sciences. GARF profite également du rapatriement d’archives de l’émigration.

A partir de 1996, l’informatisation de GARF permet de créer 51 bases de données qui réunissent 450 000 notices.

 

 

 

(1) En 1957, Khrouchtchev supprime des ministères et des administrations de nature économique et industrielle. Il transfère leurs compétences aux républiques fédérées et aux Sovnarkhozes (Conseils économiques) qui sont créées dans les républiques et les régions.

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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 21:42

Il y a 70 ans, les pays baltes étaient rattachés à l’URSS. On parle souvent « d’occupation » soviétique, qui serait une application directe du pacte germano-soviétique.

Nous ne reviendrons pas ici sur le concept curieux « d’occupation soviétique » dans les trois républiques socialistes soviétiques baltes, qui auraient été « occupées »… par elles-mêmes. Il convient en revanche ici d’articuler le pacte Molotov-Ribbentrop avec la réunion des états baltes à l’URSS en juin et juillet 1940. La soviétisation de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie n’est pas une conséquence automatique du pacte d’août 1939 mais le produit d’une évolution, certes rapide, mais complexe et non dénuée de contradictions.

Mais, en premier lieu, il faut savoir de quoi l’on parle et donc revenir sur le système politique en vigueur dans les pays baltes dans la seconde moitié des années 1930.

 

Les pays baltes durant l’Entre-deux-guerres

Les trois pays baltes sont gouvernés en 1940 par des régimes conservateurs autoritaires. Ce ne sont des « démocraties occidentales » mais des régimes anti-démocratiques sur le modèle de ceux qui fleurissent alors en Europe centrale et orientale.

 

La Lituanie

En Lituanie, depuis le coup d’Etat de 1926, Antanas Smetona gouverne le pays d’une main de fer. A partir de 1929, il cumule les fonctions de président de la république et de premier ministre. Les penseurs chauvins, ethnicistes et conservateurs, inspirés du romantisme allemand et de Herder, Antanas Maceina et Stasys Šalkauskis, font figure d’idéologues officiels. Le premier se réfugia à Berlin en juin 1940 et revient en Lituanie nazifiée en juillet 1941 pour devenir l’année suivante doyen de la faculté de philosophie de Kaunas. Il préféra suivre les armées nazies en retraite en 1944 et poursuivit une carrière universitaire dans des universités d’Allemagne de l’Ouest. Šalkauskis, recteur de l’Université de philosophie de Kaunas, fut destitué par les Soviétiques en 1940 mais ne fut pas arrêté. Le gouvernement provisoire lituanien pro-nazi le nomma en 1941 professeur à l’Université de Vilnius. Son état de santé l’empêcha cependant d’occuper ce poste (il mourut le 4 décembre 1941).

La Lettonie

En 1934, le ministre-président Kārlis Ulmanis instaure l’état de siège, dissout le Parlement et interdit les partis politiques. Il cumule à partir de 1936 les fonctions de ministre-président et de président de la République. Il prend le titre de « Tautas Vidonis », « chef de la nation ». Il mène une polique de « lettonisation », dirigée contre les minorités allemandes, lituaniennes, russes et juives.

L’Estonie

En 1934, le premier ministre Konstantin Päts organise un coup d’Etat, à la veille des élections législatives. Il instaure un régime autoritaire, connu sous le nom d’ « ère du silence » (« vaikiv ajastu »). Päts s’autoproclame en 1937 « protecteur de l’Etat » (« Riigihoida ») et instaure en 1938 la fonction de président de la République, à son profit. Les partis politiques sont interdits et la presse soumise à une étroite censure. Le président-dictateur a réprimé tous les mouvements politiques, des communistes au groupe d’anciens combattants d’extrême droite, très influent avant 1934.

 

Si l’on remonte un peu plus dans le temps, les trois états, qui faisaient partie de la Russie pour l’Estonie et le nord de la Lettonie depuis le XVIIe siècle et pour le sud de la Lettonie et la Lituanie depuis la fin du XVIIIe siècle, ont tous les trois connu l’émergence de républiques sociétiques en 1917 et 1918. Elles ont été balayées par des insurrections nationalistes et des interventions extérieures (allemandes ou polonaises).

Les pays baltes, l’Allemagne et l’URSS en 1939 et 1940

L’URSS a toujours considéré les pays baltes comme une région stratégique pour sa sécurité (Narva, en Estonie, est à 140 km de Leningrad). Mais l’annexion des trois républiques n’est pas écrite d’avance. Jusqu’en 1940, Moscou se serait accommodé d’une neutralité bienveillante. Staline s’inquiète fort du regain de l’influence allemande au début de 1939. En mars, l’Allemagne exige et obtient par traité la cession par la Lituanie de la ville de Memel (aujourd’hui Klaipeda). Les ambassadeurs lettons et estoniens sont alors convoqués par Litvinov, commissaire du peuple aux Affaires Etrangères. L’URSS n’exclut pas une intervention si la neutralité est rompue. Ses inquiétudes sont fondées. La direction soviétique l’ignore alors mais le 11 avril 1939, une directive d’Hitler souligne la nécessité d’établir le contrôle allemand sur la Lituanie et la Lettonie après l’invasion prochaine de la Pologne. Les manifestations d’amitié et de coopération de la Lettonie et de l’Estonie avec l’Allemagne nazie se multiplient. Ces deux pays signent un pacte de non-agression avec Berlin le 7 juin 1939. Les états-majors des armées lettone (Mārtiņš Hartmanis) et estonienne (Nikolai Reek) assistent le 20 avril aux cérémonies du 50e anniversaire d’Hitler. Au cours de l’été 1939, le chef d’état-major de l’armée de terre allemand, Galder, et celui de l’Abwehr, l’amiral Canaris, visitent l’Estonie. La coopération militaire et l’implantation de services secrets nazis dans les pays baltes ne peuvent alors pas faire de doute.

Le pacte germano-soviétique place l’Estonie et la Lettonie dans la zone d’influence de l’URSS et la Lituanie dans celle de l’Allemagne. Cette dernière passe dans la zone soviétique dans le rectificatif du pacte signé le 28 septembre. On dit souvent que l’annexion de juillet 1940 est déjà écrite. En fait, rien ne le prouve. En fait, jusqu’en mai 1940, l’URSS se contente de la « souveraineté contrôlée » des républiques baltes. Leur soviétisation n’est pas encore décidée.

Des pactes de coopération sont signés en septembre et octobre 1939 entre l’URSS et les républiques baltes. Des contingents limités de l’armée rouge occupent des bases militaires sur les territoires des trois états. Staline déclare à Georges Dimitrov, secrétaire du comité exécutif d’une IIIe Internationale à l’agonie, que « on a trouvé dans les traités d’assistance mutuelle le moyen de mettre ces pays dans l’orbite de l’URSS. Mais pour cela il faut maintenir, respecter strictement leur régime intérieur et leur autonomie ». Les soldats soviétiques envoyés en garnison dans les républiques baltes ont pour ordre de rester à l’écart de la population civile. Ce n’est pas une armée d’occupation, mais leur présence donne de la force à la gauche balte. Les ambassadeurs des pays baltes à Paris reçoivent le 28 novembre 1939 le message suivant : « Les garnisons russes ne suscitent aucun malentendu et ne causent pas de difficulté. De plus, les troupes soviétiques paient leurs marchandises en livres anglaises ou en dollars et cela est considéré positivement pour les finances en ces temps de pénurie de liquide. En Lettonie, il n’y a pas non plus de mauvaises nouvelles de la part des Russes » (1). Les gouvernements baltes cherchent à profiter des retombées économiques du régime de « souveraineté limitée ».

Malgré tout, ils recherchent dans le même temps le moyen de limiter et de faire diminuer les bases militaires soviétiques établies sur leur sol. Les Lituaniens adoptent une « instruction aux ambassadeurs sur la question du traité avec Moscou » le 2 novembre 1939 : « Ce serait contre-productif que se répande à l’étranger la pensée que la Lituanie a accepté de bonne grâce le traité avec Moscou et le considère comme un évènement naturel voire utile pour nous ».

Cela n’a pas empêché la Lituanie de recevoir avec plaisir des mains de Staline Vilnius et la région de Vilnius, prises sur une Pologne démantelée, en octobre 1940. Vilnius, peuplée alors à 50% de population juive et à 40% de population polonaise, capitale historique de la Lituanie, et le territoire qui l’entoure, connut sort mouvementé après la première guerre mondiale. Il fut rattaché à la république –communiste jusqu’en 1919- de Lituanie. Les Polonais y provoquèrent une mutinerie en 1920 et proclamèrent une « république de Lituanie centrale », placée sous leur orbite et finalement rattachée à la Pologne en 1922. Les Lituaniens n’ont de cesse de réclamer la rétrocession de Vilnius. Staline l’a fait.   

La Lettonie cherche à contourner et à violer le traité par d’autres moyens que des actions diplomatiques. L’état major lituanien envisage le recours à la force. Pour cela, il se tourne vers l’Allemagne. La Lettonie et l’Estonie maintiennent jusque la fin 1939 des contacts militaires avec Berlin. Fin novembre, le commandant en chef de l’armée lituanienne Krišjānis Berķis et le chef d’état major Hugo Rozenšteins recontrent le chef de la section finlandaise et estonienne de l’Abwehr (2). De plus, pendant la guerre d’hiver entre l’URSS et la Finlande (novembre 1939-mars 1940), les Lituaniens aident les Finlandais à intercepter les transmissions radios des Soviétiques.   

 

La prise de contrôle

Les causes directes

L’occupation du Danemark et de la Norvège par Hitler puis la percée allemande à l’ouest et l’effondrement de la France surprend tout le monde. Elle amène les Soviétiques à changer de politique et à envisager un contrôle plus étroit des états baltes, voire leur réunion à l’URSS. Le 16 mai 1940, les Izvestia publient un article qui exprime les craintes du pouvoir soviétique : qu’Hitler s’empare des pays baltes aussi rapidement qu’il a occupé le Benelux. De plus, Staline souhaite « avancer » sa frontière jusqu’à celle de la Prusse orientale.

Parallèlement, l’URSS dénonce les accords commerciaux conclus fin 1939-début 1940 entre l’Allemagne et les états baltes (avec la Lettonie le 12 décembre 1939, avec l’Estonie le 6 mars 1940 et avec la Lituanie le 14 avril 1940). Ces traités stipulent que 70% des exportations doivent être dirigées en Allemagne. Dès lors, Staline est convaincu que les trois états passeront, de gré ou de force, sous la botte allemande, en violant les pactes de non-agression conclus à l’automne 1939 avec l’URSS. La guerre d’hiver contre la Finlande a montré les faiblesses dramatiques de l’Armée Rouge. Il est impossible pour les Soviétiques de voir les chars allemands parvenir sans résistance à deux jours de route de Leningrad. Il décide de prendre les devants. Les évènements se passent dès lors rapidement.

            La Lituanie

            Début juin 1940, le premier ministre lituanien Antanas Merkys est à Moscou. Molotov l’accuse de couvrir des arrestations de soldats soviétiques stationnés en Lituanie et de vouloir conclure une alliance secrète avec les deux autres pays baltes. Le 14 juin, l’URSS adresse un ultimatum à la Lituanie. Elle exige le renforcement des positions de l’armée rouge en Lituanie et la formation d’un nouveau gouvernement. Smetona demande à l’Allemagne d’intervenir. Celle-ci, dont les armées entrent le même jour dans Paris, refuse. Il est alors contraint d’accepter l’ultimatum et demande à l’ancien chef d’Etat-major de l’armée, Raštikis Stasys, de former un nouveau gouvernement. Ce vétéran de la guerre d’indépendance contre les Russes, diplômé de l’Académie de l’Etat major allemand en 1932, n’a pas les faveurs des Soviétiques. Le 16 juin, l’armée soviétique prend le contrôle des positions stratégiques en Lituanie. Smetana et Raštikis  (3) s’enfuient à Berlin.

            La Lettonie et l’Estonie

            Le 16 juin, des ultimatums semblables sont envoyés à Tallinn et à Riga. On leur reproche le non-respect du traité de non-agression de 1932 et du pacte militaire de 1939 ainsi que la reformation de l’alliance balte. Le 17 juin, les points stratégiques des deux pays sont contrôlés par l’armée soviétique. Päts demande à l’ambassade allemande d’intervenir : Berlin refuse (le même jour, Pétain annonce qu’il a demandé l’armistice). Mais Ulmanis à Riga et Päts à Tallinn gardent leur poste.

 

Les protectorats (juin-juillet 1940)

Moscou envoie des plénipotentiaires contrôler les nouveaux protectorats. Ce sont des hommes très proches de Staline : Andrej Ždanov(4) en Estonie, Andrej Vyšinskij en Lettonie (5) et Vladimir Dekanosov en Lituanie (6). Ils vont contrôler l’intégration des trois états dans l’URSS.

 

Ce processus se fait en plusieurs étapes. En premier lieu, des gouvernements pro-soviétiques sont mis en place.

En Estonie,  Päts reste chef de l’Etat mais il est peu à peu dépossédé de ses pouvoirs : il tente à nouveau de faire intervenir l’Allemagne début juillet mais cette dernière refuse à nouveau. Ždanov le contraint à légaliser le parti communiste le 4 juillet. L’homme de Staline veut qu’il prenne Johannes Vares comme premier ministre. Vares est un médecin et poète de gauche, non membre du PC estonien clandestin et ancien combattant de la guerre d’indépendance estonienne (du côté estonien). Päts refuse : une manifestation communiste, « aidée » par des unités de l’Armée rouge, occupe le Palais présidentiel. Vares forme un « gouvernement populaire » (Päts reste président). L’historien du mouvement national estonien, professeur à l’université de Tartu, Hans Kruus devient vice-premier ministre (9).

Ces gouvernements sous placés sous influence soviétique. Ils sont souvent dirigés par des savants, de gauche sans être membres des PC baltes (du moins jusqu'en juillet 1940), qui ont peu d’expérience politique. Ils dissolvent l’alliance balte de 1923 et l’entente balte de 1934. Ils assurent qu’ils maintiendront l’intégrité territoriale des républiques et qu’ils n’encourageront pas leur soviétisation.

 

La réunion à l’URSS

Ces protectorats sont de courte durée. La fin des opérations terrestres à l’Ouest libère Hitler qui peut désormais se consacrer à la préparation de la guerre avec l’Union Soviétique. Staline franchit l’ultime étape : la réunion des états baltes à l’URSS.

Des « élections » législatives ont lieu les 14 et 15 juillet 1940 dans les trois états, avec des scores sans appel, étant donné que toute opposition fut muselée.

 

 

Participation

Partis Communistes

Estonie

81,6%

92,9%

Lettonie

94,7%

97,6%

Lituanie

95,5%

99,2%

 

Le 21 juillet, le Parlement estonien se réunit et demande l’établissement d’une république socialiste soviétique. Le lendemain, Johannes Vares demande la réunion à l’URSS. Le 23 sont décidées des nationalisations massives. Les mêmes jours, des processus similaires se déroulent dans les deux autres républiques. Les présidents sont exilés en Russie intérieure. Päts est déporté à Ufa, après avoir essuyé un refus de l’ambassade américaine de l’accueillir, et Ullmanis à Stavropol, dans le Caucase. Le 1er août, le Soviet Suprême accepte la « demande » de réunion. L’URSS gagne 6 millions d’habitants.

Vares devient président du soviet suprême de la RSS (république socialiste soviétique) d’Estonie. Il est éliminé en 1946 par le NKVD, pour son ancienne participation à l’armée nationaliste estonienne durant la guerre d’indépendance de 1918-1919.  Kirhenšteins occupe la même fonction en RSS de Lettonie jusqu’en 1952. Il devient en outre vice-président du Soviet suprême de l’URSS, de 1941 à 1952. Paleckis est président du Soviet suprême de la RSS de Lituanie jusqu’en 1967. Il devient alors président du Soviet des nationalités (la 2e chambre du Soviet suprême de l’URSS) jusqu’à sa retraite en 1970.

La Lituanie gagne des territoires relativement importants. En juin 1940, elle s’agrandie de la région de Vilnius : la principale revendication territoriale des Lituaniens durant l’entre-deux-guerres est ainsi satisfaite. Elle bénéficie en outre d’une rectification de frontière en sa faveur avec la RSS de Biélorussie : elle acquiert des territoires peuplés de lituanophones. Enfin, elle gagne Mariampol, achetée à l’Allemagne contre 7,5 milions de dollars-or.

 

Conclusion

La réunion des états baltes, gouvernées par des régimes autoritaires conservateurs, à l’URSS en 1940, n’est pas écrite en 1939. Le pacte germano-soviétique les place dans la zone d’influence soviétique, sans préciser davantage. Les états baltes, dont la ligne anticommuniste les pousse spontanément vers l’Allemagne nazie, maintiennent en réalité des contacts avec Berlin jusqu’à fin 1939. Des traités signés avec l’URSS en septembre et octobre 1939 instaurent une « souveraineté limitée » : les états baltes sont strictement neutres et des bases soviétiques sont installées sur leur territoire, sans qu’il s’agisse d’une « occupation ». Le non-respect de la neutralité par les gouvernements baltes et l’effondrement des « démocraties occidentales » face à l’Allemagne poussent Staline à annexer ces territoires. Il ne s’agit pas du résultat d’un accord entre deux tyrans cyniques sur le dos de petites démocraties mais de stricte défense des intérêts de l’URSS.

Il est certain que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes fut bafoué : mais quand et par qui fut-il réellement respecté ? Il est également évident que la politique de l’URSS stalinienne en 1939 et 1940 marque la condamnation définitive du communisme internationaliste comme programme de gouvernement et comme visée politique en Union Soviétique, pour celles et ceux qui auraient malgré tout pu nourrir encore quelque illusion à ce propos.

(8) Président de l’Académie lettone des sciences en 1941, il passe à l’Ouest en 1944.

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 21:38

Une droite revancharde au pouvoir à Budapest

Le Parlement hongrois a adopté le 8 juin un projet de loi qui assimile « les crimes du communisme » à l’Holocauste et qui rend leur négation passible de prison. C’est une des premières mesures de la nouvelle majorité du Fidesz, de droite conservatrice. Le gouvernement précédent, social-libéral et libéral, avait adopté en février une loi condamnant la négation de l’Holocauste. La droite veut « rétablir l’équilibre ».

Sans défendre la dictature bureaucratique qui s’est effondrée en 1989, l’assimiler à l’Holocauste relève de la manipulation politique de l’Histoire. Il est vrai que sur ce plan, le pouvoir conservateur catholique et nationaliste hongrois peut compter avec le soutien du parti fasciste Jobbik, qui est aujourd’hui le 3e parti de Hongrie et dont l’uniforme des militants rappelle celui des Croix-Fléchées. Dans le même esprit, le gouvernement vient d’accorder la nationalité hongroise aux Hongrois vivant hors des frontières du pays. Il vient donc de remettre en cause de facto le traité de Trianon de 1920 (1).

Les fascistes hongrois portent une part de responsabilité dans l’Holocauste, le "vrai". Le régent Miklós Horthy et surtout Ferenc Szálasi, premier ministre entre octobre 1944 et mars 1945, furent responsables de la déportation et de l’extermination des Juifs de Hongrie.

Ils ont également participé à l’extermination des peuples de l’Union Soviétique durant la seconde guerre mondiale. La Hongrie déclare la guerre à l’URSS le 27 juin 1941.

Les exactions des armées hongroises sur le front sont encore mal connues. Des documents d’archives illustrent celles commises à l’arrière.

La campagne d’extermination de Sevsk, mai 1942

On peut citer les témoignages de massacres commis par les fascistes hongrois dans la région de Sevsk, dans l’actuel oblast de Briânsk. Ceux qui suivent proviennent de la Commission d’Etat extraordinaire (2).

 

« Les fascistes collaborateurs hongrois arrivèrent dans notre village de Svetlovo le 9 mai 1942, raconte le paysan Anton Ivanovič Krutuhin. Tous les habitants du village se cachèrent de cette meute. Et parce que les habitants se cachaient, ils fusillèrent ceux qui ne purent se dissimuler et violèrent certaines de nos femmes. Et moi, un vieux né en 1875, je dus aussi me cacher dans une cave. Ils tiraient partout dans le village, brûlaient les bâtiments et les soldats hongrois volaient nos biens, en emmenant les vaches et les veaux" (GARF, Ф. Р-7021. Оп. 37. Д. 423. Л. 561-561об).

Dans le village voisin d’Orliâ Svobodka ils rassemblèrent les habitants sur la place. « Les Hongrois sont arrivés et nous ont rassemblés sur la place et nous ont expulsés vers le village de Korostovka, où nous avons passé la nuit, les femmes dans l’église et les hommes dans l’école, se souvient Vasilisa Fedotkina. Le 27 mai 1942, ils nous ont de nouveau expulsés vers le village de Orliâ, où nous avons passé la nuit et le lendemain, le 28 mai, ils nous ont de nouveau assemblé à côté de l’église où ils ont opéré un tri : les femmes furent emmenées de force à Orliâ Svobodka et les hommes restèrent sur place » (Ibid., Л. 567).

Le 20 mai, environ 700 soldats hongrois passèrent d’Orliâ au village le plus proche. Dans le kolkhoze « semailles bolcheviques IV », tous les hommes furent arrêtés. « Quand ils ont vu les hommes de notre village, ils ont dit que c’était des partisans, raconte Varvara Fedorovna Mazerkova. Et le même jour, le 20 mai, ils ont pris mon mari Mazerkov Sidor Borisovič, né en 1862, et mon fils Mazerkov Aleksej Sidorovič, né en 1927, et les ont torturé et après ces tourments, ils leur ont lié les mains et les ont jetés dans une fosse et ensuite ils ont mis le feu à de la paille et les ont brûlés dans la fosse à pommes de terre. Le même jour, ils n’ont pas seulement brûlé mon mari et mon fils mais aussi 67 hommes » (Ibid., Л. 543-543об).

Les Hongrois se sont ensuite dirigés vers le village de Svetlovo. Les habitants du village n’ont pas oublié le pogrom que furent les massacres dix jours auparavant. « Quand moi et ma famille avons vu le convoi en mouvement, nous nous sommes enfuis, avec tous les habitants du village, dans la forêt d’Hinel’skij, témoigne Zahar Stepanovič Kalugin. Cependant, nous n’avons pas échappé aux massacres même ici : les vieillards restés au village furent fusillés par les Hongrois » (Ibid., Л. 564).

Les massacres durèrent toute la semaine dans les villages environnants. Les habitants s’enfuirent dans la forêt et les Hongrois les y débusquaient. « C’était le 28 mai 1942, raconte l’habitante d’Orliâ Svobodka Evdokiâ Vedešina. Je me suis enfuie dans la forêt, avec presque tous les habitants. Ces coupe-jarret nous ont poursuivi. Ils y ont fusillé et torturé 350 personnes parmi lesquelles mes enfants, qui furent torturés : ma fille Nina, 11 ans, Tonû, 8 ans et mon petit garçon Vitâ, 1 an, et mon garçon Kolâ, 5 ans. Je suis restée comme à demi morte sous les cadavres de mes enfants » (Ibid., Л. 488-488об).

Les villages vidés de leurs habitants furent incendiés. « Quand nous sortis de la forêt pour revenir au village, celui-ci était méconnaissable, se souvient l’habitante du village martyr de Svetlov Nataliâ Aldušina. Plusieurs vieillards, femmes et enfants avaient été sauvagement mis à mort par les fascistes. Dans le village ne subsistaient que quelques briques noircies. Les femmes restées au village racontèrent les atrocités des fascistes » (Ibid., Л. 517).

Les Hongrois ont de cette manière tué 420 civils en l’espace de 20 jours dans seulement 3 villages. Le nombre de victimes de cette campagne d’extermination menée en mai 1942 dans cette région fut certainement plus élevé : on ne dispose pas de données exhaustives sur ce point.

 

Les données sur la campgane de Sevsk et les citations des documents d'archives proviennent du blog d'Aleksandr Dûkovlink.

 

(1) En vertu du traité de Trianon, la Hongrie perd les deux tiers de son territoire (la Transylvanie, la Croatie, la Voïvodine, la Ruthénie, la Slovaquie et le Burgenland).

 

(2) La « Commission d’Etat extraordinaire pour l’établissement et l’enquête sur les crimes perpétrés par les germano-fascistes et leurs complices et sur les dommages infligés par eux aux citoyens, kolkhozes, organisations publiques, entreprises d’état et institutions de l’URSS » fut chargée de recenser les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité dont furent victimes les peuples de l’Union Soviétique. Elle fut créée en novembre 1942 et fournit bon nombre des preuves présentées lors des procès de Nuremberg.

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 21:39

 

 

 

Olesya Orlenko, from the Historical Memory foundation, says that the organization has a lot of programs aimed at preserving the memory of WWII. One of the main is developing a database of the victims of Nazi terror.

“We should be acting against unnamed war. We should remember each person who died in this war by name. We need to do everything we can for free access to this information,” says Olesya Orlenko.

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 21:29

La Douma d’Etat a adopté en seconde lecture l’instauration d’une nouvelle commémoration officielle : le Jour du Baptême de la Russie (plus précisément de la Rus’). Cette journée sera incluse dans la liste des commémorations officielles arrêtées par la loi sur « les Jours des gloires militaires et des dates commémoratives de Russie ».

Le projet de loi est à l’origine une initiative du concile épiscopal de l’Eglise orthodoxe russe de 2008, qui avait adressé un appel en ce sens aux présidents russe, ukrainien et biélorusse. L’Ukraine a adopté une telle commémoration dès 2008.

Le jour commémoratif du baptême de la Rus’ est fixé au 28 juillet, date à laquelle l’Eglise orthodoxe célèbre le baptême du prince Vladimir de Kiev en 988, qui scella l’adoption du christianisme comme religion de la Russie kiévienne.

 

Les jours de commémoration

« Les Jours des gloires militaires et des dates commémoratives de Russie » ne sont pas des jours fériés. Le Jour du Baptême de la Rus’ sera la neuvième commémoration à s’inscrire dans ce cadre. On y compte déjà :

Le Jour des étudiants, le 25 janvier, pour commémorer l’ukaz de Catherine II du 13 janvier (ancien style) 1755 qui fonde l’Université de Moscou.

Le Jour des cosmonautes, le 12 avril, pour commémorer le voyage de Ûrij Gagarin, le 12 avril 1961.

Le Jour du Souvenir et d’Affliction, le 22 juin, pour commémorer l’agression de l’Allemagne nazie et de ses alliés contre l’URSS, le 22 juin 1941.

Le Jour des partisans et des résistants, le 29 juin, instituée en mars 2010, pour commémorer la directive du 29 juin 1941 du Conseil des commissaires du peuple et du Comité Central du Parti Communiste –VKP (b)- aux organismes de l’Etat et du Parti des régions du front fixant comme règle la création de brigades de partisans sur les arrières de l’ennemi. Ce Jour sera commémoré pour la première fois le 29 juin prochain.

Le Jour de solidarité avec la lutte contre le terrorisme, le 3 septembre, pour commémorer la prise d’otages dans une école maternelle de Beslan (Ossétie du Nord), du 1er au 3 septembre 2004, au cours et à l’issue de laquelle 300 personnes, dont 190 enfants, trouvèrent la mort.

Le Jour de la Révolution d’Octobre, le 7 novembre, pour commémorer la Révolution du 25 octobre (ancien style) 1917

Le Jour des héros de la nation, le 9 décembre, pour commémorer l’instauration de l’ordre de saint Georges le Victorieux par Catherine II en 1769. Cette décoration militaire fut supprimée en novembre 1917 et restaurée en 2000. A noter que les couleurs de cet ordre furent reprises pour le ruban de la médaille pour la victoire sur l'Allemagne dans la grande guerre patriotique de 1941-45 et sont devenues ces dernières années le symbole de la Victoire de 1945.

Le Jour de la Constitution, le 12 décembre, pour commémorer l’adoption par référendum de la constitution de la Fédération de Russie le 12 décembre 1993, après le coup d’Etat de Boris El’cin d’octobre 1993. 

 

988 ?

La date choisie pour le baptême de la Rus’ commémore donc la conversion du prince de Kiev Vladimir au christianisme, qui reçut le baptême à l’église Saint-Basile de Kherson, selon la « Chronique de Nestor » (1). Vladimir, qui règne seul à Kiev de 980 à 1015, est vite considéré comme un saint voire un apôtre par l’Eglise orthodoxe russe, qui met en avant le concept de « Baptême de la Rus’ » ou de « Baptême de la Russie ». En réalité, la grand-mère de Vladimir, Olga, qui règne à Kiev de 945 à 962 environ, s’est déjà convertie et il existe une communauté chrétienne non négligeable à Kiev dans la seconde moitié du Xe siècle. Une bonne partie de l’aristocratie est plus ou moins influencée par le christianisme dès cette période et les dieux païens deviennent de plus en plus folkloriques. La conversion de Vladimir se situe de plus dans un courant global de christianisation des états d’Europe de l’Est, après celle du duc de Pologne, Mieszko Ier, en 967, et celle d’Etienne de Hongrie en 985.

Byzance alors est le principal partenaire commercial de Kiev. Il est naturel de ce point de vue que les Kiéviens se soient tournés vers le christianisme grec plutôt que le christianisme latin. Début 988, l’empereur byzantin Basile II, contesté par une rébellion militaire et menacé par les raids bulgares, est à la recherche de soutiens militaires. Il appelle Vladimir, qui envoie 6000 hommes, qui contribuent en 989 à rétablir l’autorité de l’empereur byzantin. En échange, le prince de Kiev épouse une des sœurs de l’empereur, ce qui lui confère un important prestige et l’inscrit dans le concert européen. La condition de cette union est la conversion. Les intérêts conjoncturels de Basile II ont rencontré ceux à plus long terme de Vladimir.

 

Le rôle politique, économique et social croissant de l’Eglise orthodoxe

Selon Sergej Markov, vice-président du comité de la Douma pour les unions sociales et les organisations religieuses, cette décision n’est pas contradictoire avec le caractère laïc de l’Etat, fixé par la constitution. Il est cependant difficile de ne pas y voir une étape supplémentaire dans le renforcement de l’Eglise orthodoxe en Russie, après les restitutions en cascade de terrains et de bâtiments, voire d’œuvres d’arts, nationalisés à la suite de la Révolution d’Octobre et après l’instauration de cours de religion et de morale à l’école.  

 

(1) Chronique de Nestor (Récit des temps passés) : Naissance des mondes russes / Traduite du vieux-russe par Jean-Pierre Arrignon. [Toulouse] : Anacharis, [2008], p. 132.

 

Source :

http://www.lenta.ru/news/2010/05/19/baptism/

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 22:26

La dernière bataille majeure de la seconde guerre mondiale en Europe fut l’insurrection et la libération de Prague, le 9 mai 1945.

 

L’insurrection de Prague commence le 5 mai 1945, sous la direction du Conseil National Tchèque, où étaient représentés aussi bien des pro-occidentaux que des pro-soviétiques. Une partie de l’Armée Russe de Libération (ROA selon les initiales russes), qui combattait avec les fascistes sous la direction du général Vlassov, passa du côté des insurgés, avec à leur tête le général Sergej Bunačenko (1902-1946). Les Tchèques et cette division de l’Armée Vlassov prirent une partie de la ville mais les Allemands opposaient une résistance farouche dans d’autres quartiers et dans la périphérie. Les Américains étaient stationnés à 40 km de la ville mais les accords passés avec les Soviétiques attribuaient la libération de Prague à l’Armée Rouge. Pour fuir cette dernière, les soldats de Vlassov s’enfuirent de la ville le 8 mai, en direction des lignes américaines. La situation des insurgés s’en trouva affaiblie, même s’il était clair que la défaite allemande était imminente. Le Conseil National Tchèque conclut avec les Allemands un accord stipulant que les occupants abandonneraient leur armement lourd et pourraient fuir vers les lignes américaines. Mais les Allemands violèrent l’accord et s’en prirent à la population civile, brûlèrent des habitations et des monuments.

Les 3e et 4e divisions blindées de la garde du 1er front de Biélorussie de l’Armée Rouge dut ainsi livrer de véritables combats dans Prague, alors même que la capitulation allemande était déjà signée à Berlin. C’est seulement dans la soirée du 9 mai que la ville fut entièrement libérée. Des combats sporadiques se déroulèrent aux abords de Prague jusqu’au 12 mai.

 

La participation d’une partie de l’Armée Vlassov au début de l’insurrection fut occultée par l’historiographie tchécoslovaque de l’époque communiste et soviétique. Depuis le début des années 90, on dit au contraire que les soldats de Vlassov jouèrent un rôle décisif dans la libération de Prague et que l’Armée Rouge entra dans une ville déjà libérée. L’historien russe Kirill Aleksandrov, un des animateurs de la radio de l’éparchie de Saint-Pétersbourg, se situe dans ce courant.

 

L’historien Aleksandr Dûkov, directeur de la fondation « Mémoire Historique » déclare :

« En ce qui concerne la libération de Prague, les faits restent les faits. C’est l’armée soviétique du maréchal Koniev qui l’a libérée des Allemands et en particulier l’armée blindée du général Rybalko. Les soldats de Vlassov ont pris part aux combats contre les Allemands dans la capitale tchécoslovaque. Mais rappelons qu’elle participa à cette insurrection au moment où Berlin avait déjà capitulé et où la coalition antihitlérienne avait, pour l’essentiel, donné le coup de grâce aux armées nazies qui n’avaient pas encore déposé les armes.

On entend aujourd’hui parler du « sursaut d’honneur » des soldats de Vlassov qui ont décidé d’apporter leur aide aux Tchèques. Mais ce n’est qu’un prétexte pour essayer de mériter le pardon pour s’être trouvé dans les rangs fascistes. Et pour parler des arguments du type « dans le fond, ils étaient antinazis », ils n’ont pas de fondement.

Parmi les collaborateurs qui se trouvèrent du côté de Hitler, beaucoup l’ont fait poussés par le besoin de sortir des camps de concentration. Et ceux qui effectivement étaient contre les fascistes passèrent dans le camp des forces antihitlériennes en 1943 et 1944. Le cas le plus connu est celui de la brigade de Vladimir Gild-Rodionov, créée par les Allemands parmi les prisonniers de guerre qui voulaient combattre contre l’Armée Rouge. Dès 1943 se trouvaient du côté de l’armée soviétique et des partisans 10 000 anciens collaborateurs. Et un passage aussi massif de « combattants contre le communisme » du côté soviétique fut rendue possible par le fait que la direction soviétique ne les considérait pas comme des opposants sérieux, comme essaient de le faire croire ceux qui veulent voir parmi les collaborationnistes une « troisième force » ou une « alternative au pouvoir soviétique ».

Les soldats de Vlassov ont laissé de très mauvais souvenirs en République Tchèque et en Slovaquie. Ce n’est pas par hasard que lorsqu’en 1946-1947 la direction de l’Armée d’Insurrection Ukrainienne (UPA) prépara des coups de mains sur le territoire de la Tchécoslovaquie, ils sortirent des tracts qui disaient que les combattants de l’UPA devaient faire de la propagande en avançant qu’ils n’avaient rien à voir avec l’armée Vlassov.

Une des causes de l’apparition de travaux pseudo-historiques qui disculpent les soldats de Vlassov et en font des héros, c’est la tendance à mettre l’histoire au service de la politique et à dénigrer ceux qui ont réellement fait la victoire, au nombre desquels figurent ceux qui ont libéré Prague ».

Adapté et traduit de la Pravda, 10 mai 2010.

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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 22:35
C’est ici que se réunit en avril 1900 la « conférence de Pskov », qui réunit les principaux dirigeants du parti social-démocrate russe : L. Martov, A. N. Potresov, P. B. Struve etc. Elle adopta le projet de Lénine de donner au parti un journal politique, l’« Iskra » (en russe, étincelle).

Ce projet mûrit dans l’esprit de Lénine lors de ses 3 années de déportation, à Šušenskoe, au sud de la Sibérie, entre 1897 et janvier 1900. L’ « Iskra » est le premier journal marxiste russe qui vise à être diffusé (illégalement) dans l’ensemble de l’empire.

Le premier numéro est daté de décembre 1900. Le comité de rédaction se trouve en exil.

Il est à noter que Martov et Potresov furent des dirigeants mencheviks. Struve se rallia au « marxisme légal » puis abandonna la social-démocratie avant de devenir un des principaux dirigeants du parti cadet et combattit avec les Blancs durant la guerre civile.


Photo prise à Pskov par Olesya, septembre 2009.
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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 19:14

C’est sous ce titre un peu provocateur que la Bibliothèque d’État des Sciences Sociales et Politiques (GOPB) ouvre le 24 septembre une exposition consacrée aux nombreuses éditions du « Capital » qu’elle recèle. L’annonce de l’exposition explicite le propos : « La globalisation de l’économie mondiale et surtout la crise financière et économique qui touche au cours de ces dernières années les principaux pays industrialisés du monde a réveillé l’intérêt porté à la théorie économique de Karl Marx ».

 

L’actualité de l’analyse de Marx pousse la GOPB à mettre en valeur une des clés de la richesse de ses collections. Elle possède en effet un des fonds marxistes les plus riches du monde, et plus largement rassemble une collection extrêmement précieuse sur l’histoire du mouvement ouvrier international. Et pour cause. Cette bibliothèque fédérale créée en 1992 est l’héritière directe de la bibliothèque de l’Institut du marxisme-léninisme. Son créateur est le grand spécialiste soviétique de Marx David Borisovič Râzanov (fusillé sur ordre de Staline en 1938), dont le portrait se trouve encore dans la salle de lecture du service des livres rares. Les bibliothécaires de la GOPB ne se sont d’ailleurs jamais résignés à enlever les œuvres complètes de Marx et de Lénine des usuels de la grande salle de lecture.

 

L’exposition présentera la première édition du premier tome du « Capital » (tirée à 1000 exemplaires en septembre 1867). On y verra également les premières traductions en français, en anglais et en russe (parue à Saint-Pétersbourg en 1872, ce fut la première traduction du « Capital » à être publiée). Les trois tomes du « Capital » furent édités 165 fois, dans 18 langues, entre 1917 et 1991 en Union Soviétique, pour un tirage total de 6 millions d’exemplaires.

Seront également exposés des documents (recensions, articles) illustrant la réception du « Capital » en Russie avant 1917, sa place en URSS ainsi que l’analyse qu’on peut en faire de nos jours.

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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 13:57
Le groupe biélorusse Lâpis Trubeckoj vient de sortir un nouvel album, Kul'tprosvet.

Et voici le clip de "Burevestnik" (pétrel). Il est inspiré par "Okna ROSTA" (style des affiches de propagande de l'époque de la guerre civile et des interventions étrangères contre-révolutionnaires). On y voit Maâkovskij, Pu škin, Tolstoj, Lermontov, Gogol' et Esenin.

Les paroles :

Вперед, Буревестник, солнце взошло,
Новых известий время пришло!
Устала под гнетом планета Земля,
Жить как скотина больше нельзя!

 

Буржуи танцуют на наших горбах,
Батрачим за льготное место в гробах,
Нас разделили и давят как блох,
Хором, ребята, считаем до трех!

 

раз, два...раз, два три!

 

[Припев]

Это песня строителей нового мира,
Тех кто не сдох от боли и кира,
Это песня рабочих новой формации,
Тех кто не сгнил в моче деградации!

 

Вперед, миротворцы, Меркурий наш брат,
Пусть бросят винтовки матрос и солдат,
Рабов убивает нефть и руда,
А вместо клейма — золотая звезда!

 

Припев.

 

Мир и свобода — вот наша цель,
Вот наши тезисы, вот наш апрель,
Плевать на партийно-церковный расклад,
Дружба — религия новых ребят!!

 

Припев 2 раза.


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