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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 22:07

 

Il y a 60 ans, le 26 juillet 1951, est découverte la première inscription sur écorce de bouleau lors d'une fouille archéologique à Novgorod. C'est le début de nombreuses mises au jour (qui continuent encore) d'une source capitale pour l'étude de l'histoire économique, sociale et linguistique de la Russie médiévale.

On sait depuis longtemps que le bouleau était utilisé comme support d'écriture. Joseph de Volokolamsk (1439/40-1515) témoigne que les livres du monastère de Serge de Radonej ne sont pas écrit sur du parchemin mais sur de l'écorce de bouleau. En 1930, des kolkhoziens ont découvert sur les rives de la Volga une collection d'inscriptions sur écorce de bouleau de la Horde d'Or du XIVe siècle.

La découverte des premières inscriptions sur écorce de bouleau issues de la Russie médiévale est due aux campagnes de fouilles archéologiques menées à Novgorod à partir des années 1930 sous la direction d'Artemij Vladimirovič Arcirovskij (1902-1978). Ce grand archéologue établira les premières éditions des inscriptions sur écorce de bouleau. La première à être découverte, le 26 juillet 1951, « gramota 1 », est une liste d'obligations féodales dues à un certain Foma.

On connaît aujourd'hui 1104 inscriptions de ce type, qui sont encore régulièrement mises à jour. Leur origine géographique se répartit de la manière suivante:

 

Lieu de découverte

Nombre

Novgorod

1005 + 1 icône

Staraya Russa

41

Torjok

19

Pskov

8

Smolensk

15

Vitebsk

1

Mtislsavl

1

Tver

5

Moscou

3

Staraya Ryazan

1

Nijni-Novgorod

1

Zvenigorod en Galicie

3

 

L'étude de ces inscriptions sur bouleau a ouvert (et continue d'ouvrir) de nouvelles perspectives de recherches sur l'histoire de la Russie médiévale. On estime qu'environ 20 000 inscriptions de ce type ont été produites au total. Elles datent entre le début du XIe s. et le milieu du XVe s., lorsque le papier a remplacé le bouleau comme support d'écriture, dont près de la moitié datent de la période pré-mongole. Les inscriptions sur bouleau sont une source capitale cette période, pour laquelle, en termes de sources écrites directes, les historiens ne disposaient auparavant que de quelques documents sur parchemin épars et qui ne sont pas antérieurs au XIIIe s. : une copie des années 1230 de lettres patentes (жалованная грамота) du grand prince de Kiev Mstislav Vladimirovič (qui régna de 1125 à 1132), une lettre ecclésiastique de Varlaam de Khutin (igoumène du monastère de la Transfiguration de Novgorod mort en 1193) et un règlement commercial de Smolensk. Une telle pénurie n'est pas due à la pauvreté de la culture écrite de la Russie kiévienne. Mais, rappelons que la quasi totalité des bâtiments de cette époque étaient en bois, donc sujets à disparaître par incendie régulièrement. De plus, le rôle essentiel du bois dépasse celui de matériau de construction. Il est normal qu'il fut utilisé comme support d'écriture plus volontiers que le parchemin, beaucoup plus rare et cher. L'autre source écrite d'importance, les chroniques, se rapportent à la grande politique. Il est impossible de les utiliser comme sources pour étudier, par exemple, les rapports sociaux au sein de la ville de Novgorod. Avec les inscriptions sur écorce de bouleau, il est possible d'étudier assez finement la stratification sociale de la ville, voire d'en faire une enquête prosopographique.

Les thèmes abordés sont très divers: mesures économiques, rapports politiques, affaires judiciaires, demandes courantes, revendications paysannes, commandes artistiques, lettres d'amour, prières pour le rétablissement d'un malade...

Leur étude montre que la pratique de l'écrit à Novgorod est assez répandu et courant. On garde par exemple les exercices scolaires d'un certain Onfim, jeune garçon du XIIIe s.

On voit apparaître la stratification sociale et l'étendu des propriétés des boyards ainsi que leur transmission. On peut reconstituer l'environnement relationnel de nombreux habitants, voire des généalogies familiales. C'est ainsi que l'étude des inscriptions a fait émerger l'histoire de la famille Mišinič, qui joua un rôle influent à Novgorod aux XIIIe et XIVe siècles : Mihail Mihailovič, posadnik (chef des boyards, élu par eux, il gouverne la ville conjointement avec le prince) en 1273 et 1274, Ûrij Mihailovič, posadnik en 1290, Varfolomej Ûr'evič, posadnik en 1331, Matvej Varfomomeevič, posadnik en 1345 ou encore Ancifer Lukič, posadnik en 1350.

La topographie de la ville peut être retracée avec précision. L'importance des propriétés des boyards ressort. Elles sont globalement stables du XIe au XVe siècle et hébergent la production artisanale. L'emprise des boyards empêche la constitution de corporations.

 

L'étude des inscriptions sur écorce de bouleau permet en outre de retracer l'évolution d'une langue vivante. Les aspects dialectaux de la langue de Novgorod par rapport à l'ancien russe « standard » (celui de la cour et des chroniques) sont importants.

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