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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 21:38

Une droite revancharde au pouvoir à Budapest

Le Parlement hongrois a adopté le 8 juin un projet de loi qui assimile « les crimes du communisme » à l’Holocauste et qui rend leur négation passible de prison. C’est une des premières mesures de la nouvelle majorité du Fidesz, de droite conservatrice. Le gouvernement précédent, social-libéral et libéral, avait adopté en février une loi condamnant la négation de l’Holocauste. La droite veut « rétablir l’équilibre ».

Sans défendre la dictature bureaucratique qui s’est effondrée en 1989, l’assimiler à l’Holocauste relève de la manipulation politique de l’Histoire. Il est vrai que sur ce plan, le pouvoir conservateur catholique et nationaliste hongrois peut compter avec le soutien du parti fasciste Jobbik, qui est aujourd’hui le 3e parti de Hongrie et dont l’uniforme des militants rappelle celui des Croix-Fléchées. Dans le même esprit, le gouvernement vient d’accorder la nationalité hongroise aux Hongrois vivant hors des frontières du pays. Il vient donc de remettre en cause de facto le traité de Trianon de 1920 (1).

Les fascistes hongrois portent une part de responsabilité dans l’Holocauste, le "vrai". Le régent Miklós Horthy et surtout Ferenc Szálasi, premier ministre entre octobre 1944 et mars 1945, furent responsables de la déportation et de l’extermination des Juifs de Hongrie.

Ils ont également participé à l’extermination des peuples de l’Union Soviétique durant la seconde guerre mondiale. La Hongrie déclare la guerre à l’URSS le 27 juin 1941.

Les exactions des armées hongroises sur le front sont encore mal connues. Des documents d’archives illustrent celles commises à l’arrière.

La campagne d’extermination de Sevsk, mai 1942

On peut citer les témoignages de massacres commis par les fascistes hongrois dans la région de Sevsk, dans l’actuel oblast de Briânsk. Ceux qui suivent proviennent de la Commission d’Etat extraordinaire (2).

 

« Les fascistes collaborateurs hongrois arrivèrent dans notre village de Svetlovo le 9 mai 1942, raconte le paysan Anton Ivanovič Krutuhin. Tous les habitants du village se cachèrent de cette meute. Et parce que les habitants se cachaient, ils fusillèrent ceux qui ne purent se dissimuler et violèrent certaines de nos femmes. Et moi, un vieux né en 1875, je dus aussi me cacher dans une cave. Ils tiraient partout dans le village, brûlaient les bâtiments et les soldats hongrois volaient nos biens, en emmenant les vaches et les veaux" (GARF, Ф. Р-7021. Оп. 37. Д. 423. Л. 561-561об).

Dans le village voisin d’Orliâ Svobodka ils rassemblèrent les habitants sur la place. « Les Hongrois sont arrivés et nous ont rassemblés sur la place et nous ont expulsés vers le village de Korostovka, où nous avons passé la nuit, les femmes dans l’église et les hommes dans l’école, se souvient Vasilisa Fedotkina. Le 27 mai 1942, ils nous ont de nouveau expulsés vers le village de Orliâ, où nous avons passé la nuit et le lendemain, le 28 mai, ils nous ont de nouveau assemblé à côté de l’église où ils ont opéré un tri : les femmes furent emmenées de force à Orliâ Svobodka et les hommes restèrent sur place » (Ibid., Л. 567).

Le 20 mai, environ 700 soldats hongrois passèrent d’Orliâ au village le plus proche. Dans le kolkhoze « semailles bolcheviques IV », tous les hommes furent arrêtés. « Quand ils ont vu les hommes de notre village, ils ont dit que c’était des partisans, raconte Varvara Fedorovna Mazerkova. Et le même jour, le 20 mai, ils ont pris mon mari Mazerkov Sidor Borisovič, né en 1862, et mon fils Mazerkov Aleksej Sidorovič, né en 1927, et les ont torturé et après ces tourments, ils leur ont lié les mains et les ont jetés dans une fosse et ensuite ils ont mis le feu à de la paille et les ont brûlés dans la fosse à pommes de terre. Le même jour, ils n’ont pas seulement brûlé mon mari et mon fils mais aussi 67 hommes » (Ibid., Л. 543-543об).

Les Hongrois se sont ensuite dirigés vers le village de Svetlovo. Les habitants du village n’ont pas oublié le pogrom que furent les massacres dix jours auparavant. « Quand moi et ma famille avons vu le convoi en mouvement, nous nous sommes enfuis, avec tous les habitants du village, dans la forêt d’Hinel’skij, témoigne Zahar Stepanovič Kalugin. Cependant, nous n’avons pas échappé aux massacres même ici : les vieillards restés au village furent fusillés par les Hongrois » (Ibid., Л. 564).

Les massacres durèrent toute la semaine dans les villages environnants. Les habitants s’enfuirent dans la forêt et les Hongrois les y débusquaient. « C’était le 28 mai 1942, raconte l’habitante d’Orliâ Svobodka Evdokiâ Vedešina. Je me suis enfuie dans la forêt, avec presque tous les habitants. Ces coupe-jarret nous ont poursuivi. Ils y ont fusillé et torturé 350 personnes parmi lesquelles mes enfants, qui furent torturés : ma fille Nina, 11 ans, Tonû, 8 ans et mon petit garçon Vitâ, 1 an, et mon garçon Kolâ, 5 ans. Je suis restée comme à demi morte sous les cadavres de mes enfants » (Ibid., Л. 488-488об).

Les villages vidés de leurs habitants furent incendiés. « Quand nous sortis de la forêt pour revenir au village, celui-ci était méconnaissable, se souvient l’habitante du village martyr de Svetlov Nataliâ Aldušina. Plusieurs vieillards, femmes et enfants avaient été sauvagement mis à mort par les fascistes. Dans le village ne subsistaient que quelques briques noircies. Les femmes restées au village racontèrent les atrocités des fascistes » (Ibid., Л. 517).

Les Hongrois ont de cette manière tué 420 civils en l’espace de 20 jours dans seulement 3 villages. Le nombre de victimes de cette campagne d’extermination menée en mai 1942 dans cette région fut certainement plus élevé : on ne dispose pas de données exhaustives sur ce point.

 

Les données sur la campgane de Sevsk et les citations des documents d'archives proviennent du blog d'Aleksandr Dûkovlink.

 

(1) En vertu du traité de Trianon, la Hongrie perd les deux tiers de son territoire (la Transylvanie, la Croatie, la Voïvodine, la Ruthénie, la Slovaquie et le Burgenland).

 

(2) La « Commission d’Etat extraordinaire pour l’établissement et l’enquête sur les crimes perpétrés par les germano-fascistes et leurs complices et sur les dommages infligés par eux aux citoyens, kolkhozes, organisations publiques, entreprises d’état et institutions de l’URSS » fut chargée de recenser les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité dont furent victimes les peuples de l’Union Soviétique. Elle fut créée en novembre 1942 et fournit bon nombre des preuves présentées lors des procès de Nuremberg.

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Published by iskra - dans URSS 1941-1945
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