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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 21:13

 

La journée du 13 janvier 1991 fut marquée par la prise du central de la télévision à Vilnius par l'armée soviétique puis par son retrait. La journée est aujourd'hui fêtée en Lituanie comme « jour des défenseurs de la liberté ».

 

Le 11 mars 1990, la Lituanie est la première des républiques de l'URSS à proclamer son indépendance en adoptant « l'acte de rétablissement de l'État lituanien indépendant ». La constitution de l'URSS ne s'applique plus sur le territoire. La constitution lituanienne de 1938 est rétablie. C'est la fin de la République socialiste soviétique de Lituanie, qui devient la République de Lituanie. Le pouvoir central soviétique refuse de reconnaître cette décision et, dès lors, une épreuve de force s'engage.

La République de Lituanie est alors dirigée par Vitautas Landsbergis, membre du parti « Sajūdis ».

Le 25 avril 1990, un embryon d'armée est constitué, sous le nom de « Département de sûreté du pays » (ci-après DSP). La situation politique et sociale se tend tout au long de l'année 1990, jusqu'à l'explosion de janvier 1991. Les réformes libérales du gouvernement lituanien n'y sont pas pour rien. Le 7 janvier 1991, les prix des produits alimentaires de base sont brutalement multipliés en moyenne par 3,2. Le 8 janvier, à l'appel du Comité civil de Vilnius et d'organisations communistes, des milliers de personnes, surtout des ouvriers dont les usines produisent pour toute l'URSS et qui craignent que l'indépendance entraîne une rétraction brutale de leurs débouchés, se rassemblent devant le Parlement pour réclamer l'annulation des mesures d'augmentation des prix et la dissolution du Parlement. Ils obtiennent satisfaction sur leur première revendication. Le premier ministre proteste et le Parlement censure le gouvernement.

Le 9 janvier, des messages signalant des mouvements de l'armée soviétique à travers le territoire passent en boucle sur les radios locales. Vers midi, cinquante parachutistes s'emparent de l'aéroport de Vilnius. On annonce ensuite que des blindés font route vers la capitale. Durant toute la journée, des rassemblements se poursuivent devant le Parlement. Ils réclament toujours la dissolution du Parlement. Les ouvriers des principales usines de Vilnius, ceux de la centrale nucléaire d'Ignalina ainsi que les cheminots se prononcent pour la grève générale. Le personnel de l'aéroport de Vilnius cesse le travail.

 

Le 10 janvier, les partisans du gouvernement lituanien et ses opposants se font toujours face devant le Parlement. Landsbergis nomme premier ministre Albertas Šimēnas, membre du Parti social-démocrate de Lituanie. Le même jour, Mihail Gorbačev envoie un message au Parlement lituanien pour exiger la restauration des constitutions de l'URSS et de la république socialiste soviétique de Lituanie. Landsbergis qualifie cette adresse d'intrusion dans les affaires intérieures d'un état souverain.

Le 11 janvier, sur ordre de Gorbačev, les unités armées soviétiques s'emparent de l'immeuble des éditions du Parti communiste, de celui du comité central de la DOSAAF (1), qui était le siège du DSP, du central de la télévision à Nemenčine ainsi que d'autres bâtiments publics, anciennes propriétés du PC, à Vilnius, Alytus et Šiauliai. La prise de la tour de la télévision à Vilnius est prévue mais l'opération est annulée, car le KGB est informé (en fait désinformé) de la présence d'unités du Département de la sécurité du pays. En réalité, la télévision n'est alors pas défendue. Ce n'est qu'ensuite, sur ordre de Landsbergis, que des unités armées lituaniennes prennent possession de l'immeuble.

A 18 heures, le Comité central du Parti communiste de Lituanie (prosoviétique) appelle à la formation d'un « Comité de salut national ». En réaction, le Parlement enjoint la population à descendre dans la rue pour prendre part à la défense du Parlement, de la radio, de la télévision et de la station téléphonique.

 

Dans la nuit du 12 au 13 janvier, dans les locaux du comité de ville de Vilnius du PC de Lituanie, on prépare les mesures à prendre pour faire appliquer les ordres de Gorbačev sur « la restauration de l'ordre constitutionnel ». Des « détachements ouvriers » sont mis en place. Lorsque ceux-ci marchent vers le Parlement, des heurts éclatent avec des militants de « Sajūdis » et des unités du DSP.

Pendant ce temps, les troupes soviétiques déclenchent l'assaut contre la tour de la télévision. L'opération est dirigée par le vice-ministre de la défense d'URSS, le général Vladislav Ačalov. A 0 h 50, des véhicules de transport blindés et des tanks font mouvement vers le centre-ville. Le bâtiment du Parlement est encerclé par dix chars à 1 h 30. Ils dispersent les barrages constitués par des voitures et ouvrent la route de la tour de la télévision à l'unité spéciale du KGB « Alpha », qui s'en empare. La radio de Vilnius dénonce une « agression contre un état indépendant ». A 2 h 35, l'armée soviétique prend l'agence des télécoms de la capitale.

A 5 h, une radio canadienne annonce que Gorbačev vient d'ordonner le retrait des forces armées soviétiques. Les blocus du Parlement et de la télévision sont levés.

 

Le bilan des évènements de la nuit du 12 au 13 janvier est de quatorze morts (treize défenseurs de l'immeuble de la télévision et un officier du KGB). On dénombre également plus de six cents blessés.

Le ministre de la défense de Lituanie, Audrius Butkevičius, déclara dans un premier temps que les forces lituaniennes n'ont pas ouvert le feu. Il a cependant depuis reconnu que les défenseurs de l'immeuble de la télévision ont bien tiré sur le KGB.

 

Le procès du « coup d'État du 13 janvier 1991 » s'ouvre à Vilnius en novembre 1996. Au terme de trois ans de débats, l'ancien secrétaire général du PC de Lituanie, Mykolas Burokevičius, est condamné à douze ans de prison, et l'ancien responsable à l'idéologie du parti, Juozas Jermalavičius, à huit ans de réclusion.

 

La chronologie des évènements montre que nous ne sommes pas en présence d'une simple « invasion » de la Lituanie par l'URSS. L'indépendance suscite des résistances sociales internes en Lituanie. Les forces armées soviétiques s'appuient dessus pour agir.

La principale conséquence des heurts de Vilnius n'est pas tant le fait que l'indépendance du pays soit désormais irrémédiable que celui qu'ils déconsidèrent Gorbačev. Boris Eltsine et son entourage se saisissent de l'occasion pour commencer à constituer des éléments d'une armée et d'une police proprement russes. Cette décision accélère le processus d'indépendance de la Russie vis-à-vis du pouvoir soviétique, qui est la principale cause directe de l'effondrement de l'URSS, moins d'un an plus tard.

 

 

(1) Littéralement « Société des volontaires pour la coopération avec l'armée, l'aviation et la flotte », organisme chargé d'organiser des exercices de défense civile ainsi que des souscriptions et des loteries pour l'armée.

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Published by iskra - dans URSS 1985-1991
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